En économie, les Français seraient bons sans le savoir, à l’inverse des Anglais.

Dans son édition du mercredi 25 mars 2009, L’Expansion présente les résultats d’un sondage réalisé par BVA auprès de 3 500 adultes dans huit pays européens (Allemagne, France, Royaume-Uni, Italie, Espagne, Pologne, Pays-Bas et République Tchèque). En réponse à des questions considérées comme portant sur des connaissances « de base » en économie, les Français obtiennent le meilleur score (80% de bonnes réponses), alors que les derniers sont les britanniques (59% de bonnes réponses). Pourtant, moins de la moitié (48%) seulement estime avoir de bonnes connaissances, bien moins que les Tchèques ou les Anglais. Bref, en économie, les Français seraient bons sans le savoir, à l’inverse des Anglais.

Résultats à relativiser

Il faut sans doute relativiser les résultats de ce sondage. D’abord, si l’effectif total est assez élevé, cela ne représente que quelques centaines de personnes (300 à 600) dans chaque pays. Un peu faible comme échantillon.

Ensuite les questions sont peu nombreuses : connaître le nom du ministre de l’Economie, savoir trouver dans une liste le synonyme du mot « profit », connaître les éléments intervenant dans le calcul du pouvoir d’achat et enfin savoir convertir un doublement en pourcentage (et là, d’ailleurs, les Français ne sont pas bons !).

Enfin on peu s’interroger sur la pertinence de certaines questions : connaître le nom du ministre est-ce avoir des connaissances en économie ? Ou de certaines réponses. Par exemple à la question « Parmi les éléments suivants, dites-moi lequel, selon vous, n'intervient pas dans le calcul du pouvoir d'achat ? », la réponse attendue était « le profit ». Or, pour les bénéficiaires de revenus non-salariaux, commerçant ou actionnaire, le montant des profits influence bien leur pouvoir d’achat !

Décalage entre connaissances et auto-dépréciation

Donc, tout en restant prudent sur les conclusions à tirer, on peut quand même s’interroger, d’abord, sur le décalage entre les connaissances et l’auto-évaluation, auto-dépréciation plutôt, de ces mêmes connaissances. Une hypothèse est qu’on pourrait retrouver là un des traits de l’enseignement en France : la peur de l’erreur, déjà remarquée avec les enquêtes PISA. Dans ces enquêtes, les jeunes Français sont parmi ceux qui s’abstiennent le plus de répondre en cas d’incertitude, témoignant de la peur de la « faute », de l’échec. Cela n’est certainement pas sans rapport avec l’organisation de l’Ecole en France sous forme de « course d’obstacles », plus sensible aux échecs qu’aux réussites. D’autant que l’enquête BVA permet aussi de mesurer que les Français sont assez peu lecteurs de journaux économiques. Leur « formation » en économie n’en résulte donc pas beaucoup.

Ce sondage BVA suscite aussi une autre interrogation. Les Français sont réputés pour leur méfiance, voire leur opposition au marché et à l’entreprise. Des enquêtes l’affirment, des études le déplorent. Leurs auteurs s’empressent en général d’ajouter que la raison en est dans l’enseignement de l’économie, insuffisant, inadapté, anti-entreprise, voire anti-capitaliste. C’est parce qu’ils ne sont pas assez formés à l’économie que les Français seraient méfiants à l’égard du marché et de l’entreprise.

Jean-Paul Fitoussi avait déjà fait justice de cette prétendue méconnaissance des Français. Et ils n’ont probablement pas besoin de subir une quelconque influence de professeurs altermondialistes pour saisir, tout particulièrement aujourd’hui, les dangers de la course effrénée au profit, des marchés sans règles, du creusement des inégalités.

Et si, finalement, la méfiance des Français envers le marché n’était pas du tout contradictoire avec leur « bonnes connaissances » en économie ?

Gérard Grosse

Billet mis en ligne le 26 mars 2009.