« Faire société ! » part du constat que les transformations mondiales des trente dernières années ont bouleversé le modèle social français fondé à la sortie de la guerre, et décline en neuf points ses propositions pour régénérer notre « vivre-ensemble ». Redéploiement du service public, refonte de la vie démocratique, régénération des relations interindividuelles...Un cap fixé pour les années à venir, auquel partis, syndicats, associations, et travailleurs sont appelés à se joindre pour imaginer et construire demain.

Fille de l’éducation populaire et républicaine née sous la troisième république, la ligue s’est toujours donné comme objectif de promouvoir l’égalité d’accès pour tous à une instruction laïque. Depuis sa renaissance en 1945, elle soutient l’avènement d’une société solidaire, pluraliste et démocratique. A cet égard, le manifeste s’ouvre sur un bilan pessimiste: le système économique que constitue le capitalisme mondialisé n’a pas tenu ses promesses. Les individus sont de plus en plus isolés, les inégalités se creusent, à mesure que la marchandisation s’étend et que les identités se durcissent. Concurrence, égoïsme, méfiance semblent être les valeurs dominantes à l’œuvre en société.

Les attentes insatisfaites de l’individu moderne vont grandissantes : « les aspirations à un mode de vie moins artificiel, plus convivial et plus équitable, fondé sur l’échange et la gratuité se renforcent ». Mais il ne s’agit pas d’en rester là, le XXIème siècle offre tous les outils nécessaires pour résoudre les problèmes qu’il a crée. L’évolution des règles d’organisation de nos sociétés doit aller de pair avec la prise de conscience et le changement des mentalités auxquels la ligue de l’enseignement entend prendre part. Pour se réinventer, les sociétés doivent repenser leur cohésion interne et le fonctionnement des relations interindividuelles.

Pour cela, l’alternative entre souplesse du marché et autoritarisme étatique en termes de service public doit être dépassée au profit d’un nouveau paradigme d’action collective qui offre des réponses concertées aux besoins des populations. Ni entrave à l’économie, ni charité, les services publics doivent être évalués comme apport fondamental en matière de richesse nationale et pouvoir répondre aux besoins de l’ensemble de la population. La solidarité entre citoyens, générations et territoires, « traduction politique de la fraternité », est gage d’efficience lorsqu’elle s’appuie sur une politique fiscale solide, juste et cohérente. Parmi les pistes évoquées : intégrer la CSG à un împot progressif général, ou taxer les transactions financières…

Le manifeste reste fidèle à l’exigence républicaine historique de la ligue en insistant sur le rôle clé joué par l’éducation dans la transformation sociale qu’elle appelle de ses vœux : « Le droit d’apprendre toute sa vie est une des conditions majeures pour faire reculer la fatalité sociale et déverrouiller l’avenir ». L’éducation initiale, mais aussi continue sont donc des atouts, et non des coûts dans une société et une économie qui doivent composer avec une incertitude et une complexité croissantes.

Enfin, le manifeste oppose aux dérives liberticides et autocratiques de ces dernières années un nouveau modèle démocratique participatif. Stricte séparation des pouvoirs, non-cumul des mandats, soutien à la presse indépendante, sont autant de mesures nécessaires à la naissance d’une démocratie plus vivante.

A moins d’un an de la présidentielle, c’est presque un programme politique que nous propose la ligue de l’enseignement. De quoi inspirer certains…

Côme Bastin

Billet mis en ligne le 4 mai 2011.