Au-delà du débat sur la validité de ce diagnostic, cette initiative répondait au souci de faire comprendre enfin aux Français que leurs craintes face à la mondialisation, à la libéralisation de la finance ou à la flexibilité croissante du marché du travail étaient infondées. Au fond, la conviction partagée des élites politiques de l’époque et des décideurs économiques – à commencer par Michel Pébereau, président de l’Institut de l’entreprise - était que si les Français se méfient de l’économie telle qu’elle fonctionne, c’est d’abord parce qu’on leur a « mal expliqué », la faute aux enseignants et, dans une moindre mesure, à Alternatives Economiques (ce qui est prêter un grand pouvoir au magazine !).

La volonté de développer la culture économique de nos concitoyens affichée par le Codice, dans ces conditions, est donc apparue comme s’inscrivant dans une logique de reprise en main de l’opinion. Elle répondait plus à une commande politique qu’à un réel souci d’éducation populaire. On était au mieux dans la communication, au pire, dans ce que, en d’autres temps et sous d’autres cieux, on appelait propagande.

Car quelle est la légitimité, dans une société démocratique, d’un organe dépendant du ministère de l’Economie, acteur de la vie économique à part entière, à énoncer ce que doit être la culture économique des Français ? Le développement de la culture économique des Français doit dépendre d’autres acteurs, comme les enseignants, les médias, les instituts indépendants, etc. mais pas la direction de la communication de Bercy.

La tribune publiée par le comité exécutif du Codice dans le quotidien Les Echos ce vendredi 26 novembre 2010 vient encore renforcer ce sentiment. On peut y lire que le Codice n’a pas achevé sa tâche, en témoigne « la récente crise économique qui a engendré tant de tensions et d’incompréhensions dans le grand public faute de connaissance des réalités économiques et du monde de l’entreprise a suffisamment démontré que les clichés subsistent ». Consternant.

Un autre passage de cette tribune, en revanche, fait sourire. Afin de vanter le site de vulgarisation économique gratuit kezeco.fr, créé à l’initiative du Codice et financé par Bercy, il est dit qu’il est « très apprécié par les jeunes internautes, un tiers des 15-20 ans lui attribuant une note supérieure à 8 sur 10 d’après un sondage Opinion way d’octobre 2010». Questions subsidiaires : comment l’échantillon Opinion way a-t-il été constitué ? Quel pourcentage au sein des jeunes de 15-20 ans connait l’existence de ce site ? Merci donc au comité exécutif du Codice de nous avoir fourni, avant sa dissolution, un bon exemple de la façon dont on peut utiliser les sondages à tort et à travers pour manipuler l’opinion. A utiliser en classe de seconde ?

Philippe Frémeaux, délégué général de l'Idies

P.S. : Pour être tout à fait honnête, reconnaissons que le Codice a su parfois faire preuve de pluralisme puisqu’il a accordé une (modeste) subvention à l’Idies voici trois ans, quand nous avions tenu nos premières rencontres annuelles.

Billet mis en ligne le 26 novembre 2010.