Des projets de fusion.


Dans certains lycées, des expériences, validées par le Conseil d’administration (c’est obligatoire) de fusion des SES et des PFEG dans un enseignement expérimental unique ont été conduites ou devaient l’être. Conformes en cela aux préconisations du Rapport sur la mise en œuvre de la réforme du lycée de mars 2012 ou à celles de la circulaire de rentrée du même mois.
Problème, ces « expérimentations », sont illégales. Il n’est en effet pas possible de conduire localement des expérimentations (article 34 de la loi Fillon) si elles contreviennent au principe du caractère national des programmes.
C’est pourquoi la Direction des enseignements scolaire du ministère (Dgesco) qui, manifestement tient à cette fusion, a soumis un projet de création d’un enseignement de « Connaissance du Monde Economique » au Conseil supérieur de l’éducation du 28 juin. Ce nouvel enseignement d’exploration offrirait un programme compilant des éléments des deux programmes, SES et PFEG.

Controverses entre les associations de spécialistes.


Rappelons qu’en classe de seconde (générale et technologique), les élèves doivent choisir, en plus des matières du « tronc commun » (français, maths, etc.), deux « enseignements d’exploration » dont au moins un doit être un enseignement économique, SES ou PFEG. Ce choix s’est porté très majoritairement (85%) vers les SES.
Des consignes avaient été données aux chefs d’établissement afin de rééquilibrer entre les deux enseignements. Difficile dès lors que c’est le choix des familles qui prime.
D’où, parallèlement, ces projets de fusion qui pouvaient avoir l’avantage de mieux utiliser les ressources en personnel dans les lycées, et aussi répondre à quelques objectifs moins avouables (minorer la sociologie, « raboter » la dimension technologique ...)
L’Association des professeurs d’économie-gestion défendait le projet de CME, l’Association des professeurs des sciences économiques et sociales était vigoureusement contre. Leurs arguments respectifs sont présentés par les présidentes des deux associations dans un entretien croisé du Café pédagogique. S’il y a accord pour déplorer la procédure suivie par le ministère (absence de concertation), la première voit dans la CME l’opportunité de faire connaître la gestion à plus d’élèves de seconde et d’éviter une « pré-orientation » via le choix d’un enseignement d’exploration ; la seconde estime que le projet ministériel conduit à un programme incohérent, en termes de connaissances comme de pédagogie et craint surtout qu’il préfigure une « dissolution » des SES dans un enseignement indifférencié d’économie.

Retour à la case départ ?


Présenté devant le CSE le 28 juin, le projet de CME a été très majoritairement repoussé. Il n’a recueilli que 5 voix, dont celle du SNPDEN (chefs d'établissements), contre 42 dont la plupart des syndicats ainsi que la FCPE (parents d’élèves) alors que l’autre grande fédération de parents, la PEEP, s’abstenait comme l’UNSA.

Le vote du CSE n’est que consultatif, mais, à l’inverse du précédent, le ministre s’est engagé à se conformer à ses votes, comme il l’a déjà fait, par exemple, concernant le calendrier scolaire.

Les projets de fusion SES-PFEG en classe de seconde devraient donc être enterrés. Pour autant, cela laisse entier le problème de la situation particulière de ces deux enseignements d’économie en classe de seconde. Ils demeurent « enseignements d’exploration », à raison, rappelons-le, d’une heure et demie hebdomadaire, le plus souvent en classe entière donc souvent 35 élèves, alors qu’ils sont d’une « nature » différente des autres enseignements d’exploration. Ceux-ci s’appuient sur des matières déjà enseignées, souvent depuis le collège ou souvent même le primaire, comme « Littérature et société » (Lettres et l'histoire-géographie ) ou « Méthodes et pratiques scientifiques » (Maths, physique-chimie, SVT). Les deux enseignements d’économie constituent eux des disciplines nouvelles pour les élèves arrivant au lycée.
Si l’on veut que l’orientation vers le cycle terminal (première et terminale) du lycée se fasse de façon informée et raisonnée, alors il faut une véritable initiation (contenus, horaires, dédoublements) tant aux sciences économiques et sociales qu’à l’économie-gestion, deux disciplines qui constituent, faut-il le rappeler « l’épine dorsale » de deux séries du lycée général et technologique (E.S. d’un côté, STMG de l’autre).

Mais comme il ne faut pas charger la barque des horaires, surgit une nouvelle question : de quelle(s) autre(s) matière(s) réduit-t-on les horaires ?

Billet publié le 30 juin 2012