La réforme du lycée, initiée par Xavier Darcos l’an dernier, puis stoppée en urgence par le Président Sarkozy inquiet des mobilisations des jeunes, en décembre 2008, est à nouveau à l’ordre du jour.

Luc Chatel, le nouveau ministre de l’Education nationale doit faire des annonces prochainement, mais des informations filtrent qui laissent prévoir plus des aménagements qu’une Grande réforme, sans qu’on sache si ce qui avait été acté lors des négociations passées sera conservé. On pense en particulier à la présence des sciences économiques et sociales dans les enseignements « obligatoires » de seconde. On peut supposer que les réformes s’inspireront des résultats des consultations conduites au premier trimestre 2009 par Richard Descoings, le directeur de « Sciences Po » à qui Xavier Darcos avait confié cette mission.

Mélange jugé trop précoce

Dans l’interview qu’il vient d’accorder au magazine Challenges, il plaide pour une réforme du lycée au nom de la justice et de l’efficacité. Il y insiste notamment, comme tout le monde pourrait-on dire, sur le nécessaire rééquilibrage des séries du lycée général. Entendons par là dégonfler les effectifs de la série scientifique (S) et regonfler ceux de la série littéraire (L) et revoir la hiérarchisation « spontanée » de ces séries. Au passage, il déclare :

« Entre les deux (la S et la L), la série ES a plutôt trouvé un bon équilibre, moyennant le non-sens de mélanger sociologie et économie trop précocement dans de tout jeunes esprits ».

Bref, la série E.S. marche plutôt bien quoique sa discipline « dominante », les sciences économiques et sociales soit une aberration.

Vieux débat

Ce faisant, Richard Descoings réactive un vieux débat qu’on pensait tranché, à un double titre, depuis un moment.

D’abord la question du « croisement » de différentes sciences sociales (économie, sociologie, science politique) pour constituer une disciplinaire scolaire d’ouverture à un champ culturel. Les professeurs de SES sont très chatouilleux sur l’importance du « et » qui unit économique et sociale dans l’intitulé de leur discipline. Ils gardent de mauvais souvenirs de déclarations passées la qualifiant « d’erreur génétique ». Et les assises pour l’enseignement des sciences économiques et sociales, réunies par l’Association des professeurs de sciences économiques et sociales (Apses) en mai dernier, avaient fait apparaître une convergence des points de vue, des professeurs de SES, mais aussi des universitaires, économistes, sociologues, politistes : cet enseignement doit bien continuer à être un enseignement pluridisciplinaire et pas seulement un enseignement d’Economie. Le point de vue de Richard Descoings semble quelque peu à contre-courant.

Conception datée de l'apprentissage

Derrière la déclaration du directeur de « Sciences Po », on peut aussi lire une certaine conception de l’apprentissage qui, elle aussi, est datée. Il faudrait toujours aller du simple au complexe, poser les « fondamentaux » avant d’aborder les questions sensibles … qui sont aussi, le plus souvent, les questions qui « font sens » et permettent justement aux élèves d’entrer dans les apprentissages. C’est avec de telles conceptions qu’on a dégouté des générations d’enfants de la musique en leur faisant subir des années de solfège avant d’aborder la pratique de l’instrument.

Etre le directeur d’une école prestigieuse et tournée vers la modernité n’empêche pas de véhiculer les conceptions les plus éculées en matière d’apprentissage.

Gérard Grosse

Billet publié le 5 octobre 2009

Post-Scriptum

La déclaration de Ricard Descoings lui a valu une réponse en forme de lettre ouverte de la part de l'APSES.