La direction de l’Insee envisage en effet de modifier la construction de l’indice des prix. Plutôt que de faire relever chaque mois les prix d’un certain nombre de produits par les agents de la statistique publique, il s’agirait d’aller les collecter directement au sein des fichiers centralisés constitués par la grande distribution (hypermarchés, supermarchés, superette). Cette nouvelle méthode permettrait, certes, de faire faire des économies à la statistique publique, en accélérant les processus techniques qui mènent à la fabrication de l’indice à partir du recensement des prix. Mais pour les syndicats (CGT, CFDT, CGT-FO, et SUD), déléguer le travail d’un service public à des acteurs évidemment intéressés à la minimisation des hausses de prix est inacceptable.

L’indice des prix mesure la variation relative des prix entre une période de référence et une période comparée. Il n’est bien sûr pas possible pour l’Insee de connaître le prix de chaque produit disponible à la consommation à un moment t. Une technique de « sondage », s’attachant à relever les étiquettes d’un large ensemble de produits représentatifs des variations globales des prix sur la période, est mise en place pour déterminer l’indice. 200 enquêteurs de l’INSEE effectuent ainsi 1,7 million de relevés par an sur une liste de produits et de lieux de recensement tenus secrets afin d’éviter toute manipulation. L’évaluation de l’ « effet qualité » (évolution des prix due à la qualité d’un produit en remplaçant un autre) ne pourrait ainsi jamais être correctement effectuée sans le travail des agents, menacés par le nouveau projet.

L’indice des prix n’est cependant pas à proprement parler une mesure du pouvoir d’achat. Le poids du logement, par exemple, n’est pas intégré dans son calcul sous prétexte que les loyers sont considérés comme des investissements par la comptabilité nationale. C’est ce qui explique, en partie, que le sentiment des agents économiques vis-à-vis de l’évolution du coût de la vie ne corresponde pas toujours au cours de l’indice des prix publié mensuellement. Et suscite régulièrement des polémiques sur son mode de calcul. Pourtant, comme le rappelle l’Insee, « en France, l’objet de la mesure est de calculer une variation moyenne des prix » et non le « coût de la vie, ni même ses variations ».

S’il ne permet pas de calculer le coût de la vie, l’indice des prix est cependant lourd d’enjeux, dans la mesure où il sert de base à la revalorisation du Smic, aux négociations salariales ou encore à l’indexation des pensions. Externaliser la récolte des données sur lesquelles s’appuie son élaboration auprès d’entreprises pour lesquelles la stabilité (ou la baisse) de cet indice est un gage de réussite ne contribuera certainement par à restaurer la confiance des citoyens dans l’Insee. Mais il ne suffit pas de pérenniser en l’état la construction de l’indice des prix. Il faut également développer des outils complémentaires d’évaluation du pouvoir d’achat. L’Insee a déjà fait des efforts en ce sens, en prenant en compte les dépenses préengagées des ménages. Les syndicats de l’institut, dans leur communiqué, insistent pour aller plus loin vers une meilleure prise en compte du pouvoir d’achat des ménages, sans pour autant remettre en question « l’impartialité » des informations fournies par l’Insee.

Côme Bastin

Billet mis en ligne le 4 mai 2011.