Le ministère de l'Education profite de la pause estivale pour achever de se débarrasser des mouvements pédagogiques. C'est au moins le soupçon qui s'installe après l'annonce, tombée comme un couperet le 2 juillet dernier, au lendemain de la fin de l'année scolaire et plus de six mois donc après le début de l'année civile, d'une division par deux de la subvention annuelle 2010 en principe déjà accordée à la revue Les Cahiers pédagogiques, ainsi qu'à l'ICEM (pédagogie Freinet) et au GFEN. Ces économies réalisées au nom de la rigueur ne représentent que des « bouts de chandelle » en termes financiers. Elles s'inscrivent par contre dans le contexte de la bataille idéologique engagée par les ministres successifs depuis plusieurs années déjà contre le « pédagogisme » et pour la réhabilitation des pratiques pédagogiques « traditionnelles » mises à mal par l'« esprit de 1968 ».

Depuis l'après-guerre, en effet, les mouvements pédagogiques et d'éducation populaire bénéficiaient d'un soutien important de la part de l'Education nationale sous la forme d'enseignants « mis à disposition », au motif que leur action concourrait à la fois à la réflexion sur la pédagogie, à son évolution et à la formation des enseignants. A partir de 2005 ces mises à disposition ont été remises en cause et remplacées par des subventions. Ce sont elles qui s'apprêtent maintenant à être divisées par deux, en attendant probablement de disparaître prochainement. La remise en cause en plein milieu d'année de la parole de l'Etat menace l'existence même des organismes concernés. D'ores et déjà, la vie du CRAP-Cahiers pédagogiques reposait essentiellement sur le travail des bénévoles. La subvention lui permettait néanmoins de salarier deux enseignants en détachement chargés des publications (la revue elle-même et les hors-série) qui sont au cœur de ses activités. Comme l'explique le rédacteur en chef des Cahiers, Philippe Watrelot, cette décision menace donc l'existence même de la revue, et met en cause « le travail bénévole qui accompagne toutes nos activités ». En somme, un « acte d'hostilité » caractérisé et « une marque de dédain » à l'égard d'une revue fondée en 1945, dans la foulée du grand mouvement d'émancipation et de réforme qui avait caractérisé la Libération. Les Cahiers pédagogiques font appel à la fois aux abonnements et au soutien du public sur leur site Internet.

Plus d'information sur le site des Cahiers pédagogiques.

Billet mis en ligne le 12 juillet 2010.