Que pensez-vous des conditions dans lesquelles la réforme des STG a été conduite ?

Plusieurs points inacceptables dans la conduite de cette réforme ont donné l’impression aux professeurs que leur avis serait finalement peu, voire pas prise en compte :

  • Le ministère a refusé que la nouvelle grille horaire soit discutée. Elle est le pré-requis imposé dans lequel les programmes doivent « rentrer ».
  • Une consultation faite « à la hussarde » en trois semaines qui, de l’aveu même du ministère n’a pas repris les avis pouvant avoir des incidences sur la grille horaire et la nouvelle architecture de la future série STMG.


Quels sont les principaux changements "structurels" et quelles analyses en faites-vous ?

La nouvelle grille horaire reprend l’architecture de celle adoptée pour les séries générales dans le cadre de la réforme des lycées. Cette grille horaire, déjà fort contestée par la profession, est inadaptée aux spécificités de la voie technologique. En STMG, elle prévoit la mise en place d’une première commune construite autour des sciences de gestion, qui se substitue aux deux premières « communication » et « gestion » : cela a pour conséquence la perte des horaires affectés aux spécialités, le regroupement des divisions antérieurement spécialisées et un risque d’effectifs encore plus chargés. A cela s’ajoute une perte d’horaire en langues vivantes, des horaires d’enseignement qui diminuent aussi en enseignements spécifiques de terminale, et moins de dédoublement.

Donc une grille horaire qui rendra encore plus difficile la mise en place d’une pédagogie active et d’une démarche technologique qui passe impérativement par la maîtrise de certaines techniques.

Quelles appréciations portez-vous sur les nouveaux programmes ?

La modification essentielle porte sur le nouvel enseignement « tronc commun » de sciences de gestion mis en place en première, et pour cause ! l’unification de la première imposait un enseignement commun. Sur le fond, le programme est formé d’une mosaïque de concepts empruntés aux différents domaines des sciences de gestion.

Cette configuration en mosaïque ne sera pas de nature à permettre un choix éclairé des élèves dans les enseignements spécifiques correspondant aux différents domaines. Par exemple, comment des élèves qui n’ont pas de notions en bases de données ou réseau (partie qui leur est très attractive) pourront choisir de suivre l’enseignement de Système de Gestion et d’Information ( SIG) en terminale ?

La « cohérence » d’ensemble n’est pas assurée par une cohérence de contenus mais par une cohérence d’ « affichage » de type universitaire sous la forme de questionnements renvoyant à des problématiques fort ambitieuses comme choix d’entrée dans le programme. Ce faisant, le programme est perçu comme étant illisible et très théorique pour les collègues qui n’en comprennent pas la logique d’ensemble et encore moins le sens à lui donner dans les apprentissages auprès des élèves.

En terminale, les enseignements spécifiques reprennent les contenus des enseignements de spécialités actuels sauf pour SIG qui adopte une logique mettant les systèmes d’information au centre des apprentissages.

Ces contenus définis lors de la dernière réforme de 2006 et beaucoup plus conceptuels avaient déjà demandé énormément d’investissement de la part des enseignants. Tous se sont accordés à dire que ce n’est que dans le cadre d’une démarche active et technologique qu’ils ont pu leur donner sens auprès des élèves et que cela demande du temps. Or, ce temps qui était déjà insuffisant est encore réduit, de même que l’assurance de travailler en effectifs réduits !

Plus généralement, comment voyez-vous l'évolution de la filière technologique tertiaire ?

Si cette réforme est imposée telle quelle, on va à la catastrophe à terme. La STMG, au lieu d’être plus attractive pour les élèves risque fort de devenir une série « repoussoir » pour de nombreux élèves qui ont besoin de conceptualiser à partir d’une démarche technologique.

Le programme de sciences de gestion proposé ne permettra pas une connaissance des différents champs de gestion et un choix éclairé en terminale. Or, cet enseignement peut présenter un intérêt car il s’est construit sur les pratiques et cet atout n’a pas été exploité dans la rédaction de ce nouveau programme.

De plus, la crédibilité de la série, l’équité entre élèves risquent fort d’être atteints, à terme, avec des épreuves liées à des disciplines qui font le cœur de la série, validées en contrôle en cours de formation et en contrôle continu, ce qui est le projet du ministère.

Le plus grand danger de cette réforme est que la série perde son identité technologique et ne puisse plus jouer son rôle dans un nouveau souffle à donner à la démocratisation.

Propos recueillis par Gérard Grosse.

Billet publié le 12 février 2012.