Bonjour la découverte des concepts indispensables à l’adolescent de 15 ans comme « l’élasticité des prix ». Qui a bien pu accoucher d’un tel condensé de pensée unique à destination des jeunes Français ? Au ministère on se retranche derrière une « commission des programmes » évidemment indépendante. Tellement indépendante qu’un de ses membres, le sociologue François Dubet vient d’en renier la production et d’en démissionner : « nous n’avons eu le temps de consulter personne et le Cabinet (de Luc Chatel, NDLR) a sensiblement transformé notre projet », écrit-il. Son collègue Sylvain David, qui représente les professeurs de sciences économiques et sociales (SES), témoigne dans le même sens : « On n’a eu que deux mois pour travailler et les intrusions du cabinet n’ont pas cessé », dit-il à Marianne.

Mais Dubet et David pouvaient-ils s’opposer à la machine infernale du lobbying ultra libéral, qui, depuis des années, cherche à casser les SES. Francis Mer les considérait comme un nid de « marxistes ». En 2007, Thierry Breton, créait le Codice (Conseil pour la diffusion de la culture économique), un organisme, présidé un temps par Claude Perdriel, (patron du Nouvel Obs), destiné à faire « penser correctement » l’économie. Dès mars 2007, le Codice préconisait « la mise en place d’un groupe de travail mixte entre le ministère de l’économie et le ministère de l’éducation nationale associant des représentants des entreprises » ou encore « renforcer la place de l’économie de marché dans les programmes de SES ». Pour juger de la pertinence des réflexions du Codice, qui est en fait animé par des énarques de Bercy, il suffit de lire son site kezeco.fr qui assure, sans rire, que grâce au marché, « la société gère l’exploitation de ses ressources non renouvelables de manière ’optimale’ (ni trop vite, ni pas assez vite, juste le bon rythme) ». L’économie pour les Bisounours !

En 2008, une commission (dite Guesnerie) fut chargée d’un audit des manuels et des programmes, auquel fut convié Michel Pébereau, président de BNP-Paribas, membre du Haut conseil de l’éducation, comme « personnalité qualifiée ». En février 2009, lors d’un débat de l’Institut de l’entreprise qu’il préside, celui-ci interpellait le recteur Jean-Paul de Gaudemar, chargé de mission pour la réforme du lycée. « Etudier les bases de la microéconomie (les entreprises, les marchés, NDLR) dans le secondaire serait la meilleure manière de faire connaître aux jeunes Français les règles régissant le marché et l’entreprise », disait-il. Luc Chatel a donc exaucé ses vœux.

Hervé Nathan est rédacteur en chef économie à Marianne

Billet mis en ligne le 8 février 2010.