Il ne s’agit pas, cette fois-ci, « d’alerter sur la production de chiffres manipulés, comme ce fut le cas en 2007 », mais d’apporter une autre lecture des chiffres sur l’emploi, précise ACDC, en publiant une série de notes d’analyse critique qui feront échos à la publication des statistiques de l’enquête Emploi de l’Insee. La première livraison de cette nouvelle publication d’ACDC se penche sur le bilan des transformations apportées au système d’information depuis quatre ans.

Après un rapide retour sur la controverse de 2007 (lorsque l’Insee avait reporté la publication des chiffres annuels de l’enquête Emploi tout en maintenant la publication d’un taux de chômage mensuel « provisoire » calé sur l’évolution de la statistique ANPE), ACDC liste les modifications qui ont été apportées depuis au système statistique relatif au chômage. Pour le collectif, le bilan des changements intervenus depuis 2007 est « en demi-teinte » :

« D’un côté, l’institut publie désormais chaque trimestre des indicateurs un peu plus détaillés qu’auparavant. De l’autre, la décision unilatérale de l’institut de modifier en profondeur et sans véritable fondement l’interprétation des définitions du chômage et du sous-emploi ont abouti à de profondes modifications dans les séries qui perturbent la lecture des chiffres en niveau et empêchent, de fait, un véritable bilan de l’évolution du sous-emploi. »

Lecture biaisée

En novembre 2007, l’Insee a en effet changé son interprétation de la définition du chômage et de sa mesure. Résultat : le taux de chômage a diminué d’un point par rapport à la précédente série statistique. « Environ 280 000 chômeurs, pas moins, ont ainsi été gommés de la statistique du chômage BIT ! », souligne ACDC. De la même manière, l’Insee a modifié en juin 2008 sa définition du sous-emploi (personne ayant un emploi mais qui souhaiterait travailler plus). Là encore, cela a eu pour effet d’abaisser d’un point le taux de sous-emploi. Plus grave : ce changement de définition a introduit une rupture de série qui ne peut plus être corrigée. Cette vision restrictive du sous-emploi contribue donc à brouiller la lecture de son évolution à long terme. Cependant, d’après l’Insee, il serait possible de comparer les deux séries de statistiques : celle allant de 1990 à 2007 et celle allant de 2008 à 2010. On constaterait alors que le niveau du sous-emploi en 2010 n’a jamais été aussi élevé depuis 20 ans.

5 millions de personnes concernées

Par ailleurs, le collectif ACDC pointe plusieurs lacunes dans le dispositif d’information statistique. Tout d’abord, la qualité de l’emploi reste très imparfaitement prise en compte dans les statistiques alors même que c’est un enjeu qui est devenu majeur. La notion d’emploi inadéquat n’a par exemple pas été intégrée au suivi du marché du travail. Ce terme regroupe toutes les situations où des personnes sont pourvues d’un emploi mais souhaiteraient en changer pour diverses raisons : surqualification, sous qualification, faiblesse des revenus, emploi précaire, horaires de travail inappropriés, etc. En France, on décompterait aujourd’hui plus de 5 millions de personnes dont les besoins en emploi ne seraient pas satisfaits (chômeurs, personnes en sous-emploi et personnes désirant travailler).

Autres lacunes : la prise en compte imparfaite des DOM, ce qui minimise le niveau réel du chômage, ou encore le fait que l’Insee ne publie que les données « corrigées des variations saisonnières », or l’absence de données brutes interdit de connaître le niveau réel du chômage chaque trimestre.

Débat public désorienté

Enfin, ACDC regrette que l’attention du débat public reste essentiellement portée sur les chiffres des demandeurs d’emplois inscrits à Pôle Emploi, alors même que de multiples limites quant à leur pertinence avaient été démontrées lors de la controverse de 2007. En effet, il existe des décalages non négligeables entre la statistique des demandeurs d’emploi inscrits à Pôle Emploi et la statistique du chômage élaborée par l’enquête Emploi. Deux raisons majeures expliquent cet écart. D’un côté, une part importante (plus de 20% en 2007) des chômeurs au sens du BIT et donc au sens de l’Insee ne sont pas inscrits comme demandeurs d’emploi. De l’autre, une part plus importante (environ 40%) des personnes inscrites à Pôle Emploi ne sont pas considérées comme des chômeurs au sens de l’Insee, notamment parce que certaines d’entre elles exercent une activité. On ne peut donc définitivement pas fonder un diagnostic viable sur l’évolution du chômage à partir de l’évolution conjoncturelle des demandeurs inscrits au Pôle Emploi.

Cela ne signifie pas pour autant que la statistique des demandeurs d’emploi soit dénuée de sens. En effet, ces chiffres apportent une complémentarité à ceux du chômage et ce notamment au niveau de la précision. Aucune enquête par sondage, comme l’enquête Emploi, ne pourrait apporter autant d’informations que les statistiques administratives de Pôle Emploi : localisation géographique, profession, catégorie d’âge, sexe etc. En revanche, il serait préférable que ces données statistiques soient utilisées et diffusées à bon escient et non pas communiquées au grand public comme s’il s’agissait de chiffres révélateurs du chômage en France.

Juliette Raynal

Pour en savoir plus : http://acdc2007.free.fr/

Mis en ligne le 5 avril 2011.