Communiqué de presse de l’APSES du 3 juillet 2008.

RAPPORT GUESNERIE : UNE RECONNAISSANCE DES S.E.S., MAIS DES AMBIGUÏTES INQUIETANTES

L’APSES a pris connaissance du rapport Guesnerie et tient à souligner son accord avec certaines orientations prises dans celui-ci dans la mesure où elles correspondent à ce qui est, pour nous, nécessaire à la formation des élèves de lycée d’enseignement général. Cependant, l’APSES s’inquiète de certaines formulations et de propositions contradictoires. Enfin, des divergences subsistent sur quelques points essentiels et l’APSES souhaite réaffirmer sans ambiguïté la position qu’elle défendra au cours des prochains mois, en cohérence avec les mandats reçus de ses adhérents.

UNE RECONNAISSANCE DES S.E.S….

1) Le rapport encourage « l’extension d’un enseignement adapté des SES à l'ensemble des élèves de seconde », ce qui correspond à une forte demande sociale de culture économique et sociologique pour l'ensemble des élèves, et qui favorise la formation à la citoyenneté et une orientation raisonnée.

2) Le rapport préconise des programmes moins encyclopédiques structurés par des objets d'étude en nombre réduit, afin d’acquérir progressivement un ensemble de « connaissances et compétences » ce qui devrait permettre aux enseignants de mettre en œuvre des pédagogies favorisant l'acquisition de solides savoirs et savoir-faire.

3) Le rapport rappelle la nécessité de parcours de formation cohérents, avec des liens interdisciplinaires forts (complémentarité des programmes de SES, mathématiques, histoire-géographie mais aussi philosophie) ce qui rejoint les positions de l’APSES pour le maintien de la série ES, série « harmonieuse et équilibrée » comme le rappelle le récent rapport du sénateur Legendre sur le baccalauréat.

4) Le rapport propose de favoriser une pédagogie active et variée, entre autres au sein de travaux dirigés, en prenant notamment appui sur une initiation aux méthodes en sciences sociales (initiation à l’enquête sociologique par exemple).

5) Enfin, le rapport met en avant le fait que les SES au lycée ne peuvent se réduire à une « propédeutique » aux études de science économique et de sociologie.

MAIS DES AMBIGUÏTES INQUIETANTES…

1) Un bilan de l’enseignement des SES trop réducteur : si le rapport souligne l’attractivité de cet enseignement et son succès auprès des élèves, il minimise sa capacité à transmettre des savoirs et méthodes qui favorisent la réussite des élèves dans l'enseignement supérieur. Or, selon les statistiques du ministère de l’Education Nationale les bacheliers ES poursuivent avec succès des cursus très variés dans l’enseignement supérieur. Si cet enseignement existe et a progressé au cours des quarante dernières années, c’est parce qu’il permet l’acquisition de compétences et de connaissances utiles. A lire certains passages du rapport, on se demande par quel miracle l’enseignement des SES a pu connaître un tel succès et un tel essor depuis sa création.

2) L’APSES tient à rappeler que la finalité de l’enseignement de SES ne saurait se limiter à l’acquisition de « connaissances et compétences » disciplinaires non problématisées, cette « boîte à outils » est mise au service de la compréhension d’enjeux économiques et sociaux contemporains car l’effort de tout apprentissage scolaire n’est obtenu que si les savoirs et savoir-faire répondent à une question qui fait sens pour les élèves. L'enseignement des outils doit rester un moyen, et non devenir une fin en soi.

3) Si l'APSES partage bien évidemment le souci de neutralité de tout enseignement, il ne s’agit pas pour autant d’occulter la présentation aux élèves des grands débats contemporains. Les apports de l’économie et de la sociologie permettent aux élèves de sortir du registre de la simple opinion ou de lieux communs pour développer une argumentation. À cet égard, si l’exercice de la dissertation sur dossier documentaire peut être amélioré, il doit demeurer un apprentissage à un type d’écrit indispensable pour poursuivre des études supérieures et réussir dans la vie professionnelle.

4) La commission refuse de trancher sur les bienfaits de l’appariement de plusieurs sciences sociales au sein d'un même enseignement au lycée. L’APSES rappelle que l’association des savoirs et méthodes de l’économie et de la sociologie dans l’enseignement secondaire est féconde pour les lycéens. La nécessité de cette association doit interdire l’éclatement des SES en deux enseignements distincts, l’un de science économique, et l’autre de sociologie.

5) Enfin, le rapport met en avant une vision réductrice des apports de la sociologie, « trop abstraite, trop déterministe, et trop compassionnelle ». Les programmes de SES ont pourtant été élaborés par des groupes d’experts où figuraient des sociologues de renom et présentent de manière équilibrée les différentes démarches sociologiques. En s’appuyant sur des questions vives concernant les élèves, la démarche sociologique (comme toutes les sciences sociales) leur apprend à se méfier des évidences du « sens commun » pour, précisément, les étudier de manière plus objective et non « compassionnelle ».

L'APSES réaffirme que l'enseignement de Sciences Economiques et Sociales doit conserver son caractère pluridisciplinaire et sa double finalité : une formation aux savoirs et méthodes des différentes sciences sociales pour aider les lycéens, citoyens en devenir, à mieux comprendre les économies et sociétés qui les entourent et acquérir des connaissances et compétences pour réussir leurs études supérieures, leur insertion professionnelle et leur vie future.

L'APSES mettra tout en œuvre pour que la réforme du lycée et le prochain groupe d'expert sur les programmes, intègrent ces impératifs.

Pour un commentaire plus développé du rapport, voir le texte publié sur le site de l'APSES.

Mis en ligne le 3 juillet 2008.