Avant Noël 2014, le combat de l’Afep pour la création d’une nouvelle section d’économie au CNU avait abouti, le ministère allait signer le décret. Après le jour de l’An, il n’était plus question de nouvelle section. Entre temps, une levée de boucliers des représentants de la science économique dominante, au premier rang desquels le récent « prix Nobel » Jean Tirole, avait permis aux économistes néoclassiques de maintenir leur monopole sur la discipline et la nomination des enseignants chercheurs.
Les dirigeants de l’Afep manifestaient alors leur volonté de « continuer le combat ». La publication d’un « manifeste pour une économie pluraliste » sous le titre « A quoi servent les économistes s’ils disent tous la même chose ? » en est la preuve.

La plupart des auteurs du manifeste de l’Afep étaient à la tribune, mardi 12 mai pour le présenter et en débattre avec l’assistance.

Depuis, la presse s’est emparée de cette « querelle des économistes » : article dans ''Challenges'' , dossier dans ''Libération'', extraits du manifeste dans ''Marianne'', interview d’André Orléan à ''France Culture'', sur ''Mediapart'' et sur ''AlterEcoplus'', et on en oublie probablement.

L’Idies a déjà évoqué ce conflit au sein de la profession des économistes. Son rapport annuel 2014, consacré à l’enseignement de l’économie dans le supérieur, aboutissait aussi à la conclusion qu’une nouvelle section au CNU était une condition nécessaire (mais non suffisante) de retour à un plus grand pluralisme des enseignants-chercheurs et, partant, des enseignements d’économie.

Cela ne doit pas empêcher de lire la brochure de l’Afep.

On y présente d’abord une défense du pluralisme en économie, indispensable pour établir un diagnostic éclairé et contradictoire. Est retracé ensuite un historique des événements ayant (presque) abouti à la création d’une nouvelle section au CNU et le recul du ministère devant les pressions au plus haut niveau des tenants du monopole. L’argumentaire de l’Afep est ensuite décliné à travers dix thèses en réponse aux affirmations des porte-parole de la science économique (néoclassique) dominante. Le livre se clôt par le texte de la pétition « Les économistes aussi ont besoin de concurrence » précédé d’un judicieux glossaire qui permet de distinguer et relier « néoclassique », « mainstream » et « orthodoxie ».

La publication du manifeste a suscité un buzz médiatique. Va-t-elle permettre que cette question du pluralisme en économie soit à nouveau inscrite sur l’agenda politique ? C’est l’espoir des enseignants-chercheurs regroupés au sein de l’Afep. Et des étudiants qui comme PEPS-économie en France, réclament pluralisme des théories et des méthodes, approches pluridisciplinaires et regard réflexif sur la discipline.

Gérard Grosse

Billet publié le 18 mai 2015

A quoi servent les économistes s’ils disent tous la même chose ?, P. Batifoulier, B. Chavance, O. Favereau, S. Jallais, A. Labrousse, T. Lamarche, A. Orléan et B. Tinel, ed. Les Liens qui Libèrent 2015