Après le passage en force (contre l’avis du Conseil supérieur de l’éducation) du nouveau programme de SES de seconde en février dernier, puis celui, en juillet, de justesse (mais avec la quasi-totalité des organisations lycéennes et enseignantes contre), de celui de première, on pouvait estimer que la question des programmes de SES du « nouveau lycée » était close. Du moins en attendant la publication par le groupe d’experts du futur programme de terminale.

Il n’en est rien.

Tout d’abord, la polémique est entretenue par la publication de deux tribunes de la présidente de l’APSES, dans le Monde , d’une part et l’Humanité , d’autre part. Cette dernière suscitant une réaction de l’un des professeurs de SES membre du groupe d’experts et donc auteur du programme controversé.

Les arguments des uns et des autres sont maintenant connus, voir par exemple, la table-ronde sur l’enseignement de l’économie lors des dernières « Journées de l’économie », en novembre dernier.

Mais les critiques de l’APSES ne concernent pas que l’orientation des programmes (lourdeur, technicisme, économicisme et dogmatisme), mais aussi la procédure d’élaboration : absence de bilan préalable, méconnaissance des résultats des sciences de l’éducation, présence trop faible des enseignants « de terrain » dans le groupe d’experts, précipitation des travaux de ce dernier. Cette critique de la méthode est reprise par l’Association des sociologues enseignants dans le supérieur qui, dans un communiqué du 26 janvier 2011, en même temps qu’il critique la faiblesse de la pluridisciplinarité et le « théoricisme » du programme de première, ajoute : « ce nouveau programme a été défini par un groupe d’experts qui n’a pas suffisamment consulté ». Elle s’associe de ce fait à la demande de l’APSES d’un moratoire sur l’application du nouveau programme et de la convocation d’un nouveau groupe d’experts.

Cette exigence est aujourd’hui portée par 2 500 professeurs de SES , soit environ un enseignant sur deux de cette discipline.

Il y a quelques semaines, l’APSES avait pris l’initiative de publier, sans attendre le projet du groupe d’experts, une proposition de programme de terminale appuyée sur une enquête préalable auprès des professeurs de la discipline. Cette proposition vient de recevoir l’appui de l’AFEP (association française d’économie politique) qui estime que la démarche retenue par cette proposition de programme (discuter la construction des outils de mesure, analyser les causalités, présenter les différentes méthodes d’observation et confronter les points de vue des chercheurs), est « excellente tant en ce qui concerne la formation des jeunes citoyens que leur préparation à des études supérieures ». Elle ajoute qu’elle compte faire des points forts de l’enseignement des SES (empirie, pluralisme et pluridisciplinarité), les « bases d’une réforme de l’enseignement de l’économie dans les institutions d’enseignement supérieur ».

Le débat sur l’enseignement de l’économie se déplace ainsi vers l’enseignement supérieur, au moment où, dix ans après le « manifeste des étudiants pour une réforme des enseignements d’économie », une nouvelle génération d’étudiants reprend le flambeau en créant une association : « Pour un Enseignement Pluraliste dans le Supérieur en Economie », dont un appel paraît dans le numéro de février d’Alternatives économiques.

Les liens entre enseignement des sciences économiques et sociales dans le secondaire et dans le supérieur ne manqueront pas d’être évoqué lors des " Etats généraux des SES" auxquels participeront entre autre André Orléan, président de l’AFEP, Louis Chauvel, Stéphane Beaud et Pierre-Noël Giraud, samedi 5 février à Paris.

Billet publié le 29 janvier 2011.