« Nous n'avons pas sous la main la dernière mouture du programme car nous avons démissionné avant la réunion qui devait finaliser ce projet, explique Sylvain David, président de l'Apses, mais nous refusons les grandes orientations prises par le groupe d'experts. Cela relève plus d'une refondation que d'un aménagement. » Une refondation menée tambour battant : l’Apses avait déjà dénoncé « l’arbitraire » de la composition du groupe et la « précipitation » des travaux, menés « sans concertation préalable avec la communauté éducative et dans des délais expéditifs », à savoir un mois et demi et 4 réunions (voir sur ce point notre précédent billet).

Difficile, pour l'instant, d'expliciter en détail les désaccords qui opposent l'Apses et le groupe d'expert, puisque le nouveau programme ne sera rendu public que dans quelques jours. Sylvain David regrette néanmoins une logique qui se focalise sur les aspects économiques, au détriment des sciences sociales. Ainsi que la multiplication des notions à aborder dans le programme, qui empêche tout approfondissement. « On ne fait plus des sciences économiques et sociales, on fait de l'économie sur le modèle de ce qui est enseigné dans les premiers cycles universitaires », juge-t-il. Et d'ajouter : « Ce n'est pas adapté à des élèves qui vont faire deux ans de SES mais qui auront ensuite une formation beaucoup plus large. »

Dans son communiqué, l’Apses considère même que ce nouveau programme « saborde une discipline qui a fait la preuve de son succès depuis plus de 40 ans ».

Le nouveau programme devrait être mis en consultation à partir du 1er juin. Ce qui permettra aux adversaires de ce projet de faire valoir leurs arguments et conduira peut-être à des inflexions comme cela avait déjà été le cas pour le programme de seconde. L’Apses, qui doit réunir son assemblée générale annuelle les 12 et 13 juin prochains à Saint Malo, laisse entrevoir dans son communiqué des actions plus résolues.

L'association de professeurs de SES promet en effet de mettre en œuvre tous les moyens nécessaires pour que l’ensemble de la communauté éducative exprime son refus du projet. « On soumettra certainement une autre proposition de programme pour la première, comme on l'avait fait pour la seconde », annonce Sylvain David.

Venant s’ajouter au statut toujours marginalisé des SES en classe de seconde (simple « enseignement d’exploration » à raison de 90 minutes hebdomadaires sans dédoublement), un programme de première qui irait à l’encontre des orientations de la discipline dans lesquels se reconnaissent les professeurs comme leurs élèves, donnerait à penser que, décidément, ce ministère à un « problème » avec les SES, et réciproquement d’ailleurs.

Mis en ligne le 26 mai 2010.