L’APSES a exprimé son refus de participer compte tenu de son opposition à la démarche d’ensemble et au contenu du programme de SES en première. L’APSES rappelle que ce nouveau programme de première fait l’objet d’un rejet massif de la part des enseignants (plus de 2000 enseignants de SES ont demandé la constitution d’un nouveau groupe d’experts), de leurs organisations syndicales (qui se sont très majoritairement opposées à ce programme lors du vote du Conseil Supérieur de l’Education) et de la plupart des associations représentatives de la communauté scientifique en sciences sociales. Elle a d’ores et déjà appelé tous les professeurs de SES à se réunir en Assemblées générales dans leur Académie, en préparation d’une Assemblée générale nationale qui se tiendra à Paris le 16 octobre et qui se prononcera sur la question de la non application d’un programme dont les enseignants ne veulent pas.

L’inspection générale a par ailleurs souhaité que l’APSES transmette au groupe d’experts ses premières observations concernant les orientations envisagées sur le programme de terminale. L’APSES a accepté, souhaitant ainsi éviter que le programme de terminale ne souffre des mêmes défauts irrémédiables que celui de première, et que les mêmes causes ne conduisent aux mêmes effets.

1. Objectifs de l’enseignement de SES

L’écriture de tout programme de SES ne peut se faire qu’au regard des objectifs assignés à cet enseignement. A cet égard, pour l’APSES, le programme de première publié en août au journal officiel minore un objectif essentiel : conduire les élèves à la connaissance et à l’intelligence des économies et des sociétés contemporaines, et ainsi concourir à la formation du citoyen apte à saisir les enjeux des choix relatifs aux questions économiques, sociales et politiques contemporaines.

Les élèves sont également des citoyens qui doivent pouvoir comprendre et analyser, grâce à la maîtrise des concepts, raisonnements et méthodes de différentes sciences sociales, des questions essentielles, qui font régulièrement la Une de l’actualité. La classe de terminale permettrait par exemple de s’interroger sur les questions suivantes :

Est-il possible de concilier croissance et développement durable ? Comment lutter contre le chômage ? Assiste-t-on à un renouveau des inégalités en France ? La société française est-elle mobile ? Dans quelle mesure peut-on parler d’exclusion sociale aujourd’hui ? Les transformations de la protection sociale permettent-elles de renforcer la cohésion sociale ? Les stratégies d’internationalisation des firmes nuisent-elles à l’emploi ? L’ouverture aux flux de capitaux internationaux est-elle bénéfique à la croissance et au développement ? L’État-Nation est-il un cadre de régulation dépassé par la mondialisation ?

Préconisation n°1 : l’APSES préconise que chaque chapitre du futur programme de terminale commence par une problématique formulée sous forme de question explicite, articulant enjeux contemporains et questionnement scientifique.

2. La question du cloisonnement disciplinaire

En conséquence, l’APSES déplore qu’une approche thématique articulée autour d’enjeux contemporains (par exemple : Croissance et Développement, Travail et emploi, Lien social et inégalités, Mondialisation) ne semble pas avoir été retenue par le groupe d’experts, qui propose à nouveau une structure « Economie-Sociologie-Science Politique–objets communs ». Ce cloisonnement disciplinaire ne peut que s’accompagner d’une perte de sens des apprentissages pour les élèves. L’APSES trouverait ainsi beaucoup plus cohérent :

  • que le thème « Emploi et chômage », soit étudié dans une même partie que le thème « Travail et emploi » ;
  • que le thème « Economie de la protection sociale » soit étudié dans une même partie que le thème « Pauvreté et Exclusion ». L’APSES déplorerait que la protection sociale soit abordée uniquement sous l’angle économique ;
  • étudier la stratification sociale en lien avec le thème « justice sociale et inégalités » ;
  • étudier l’ordre politique européen dans une même partie que le thème « Gouvernance européenne et gouvernance mondiale » ;
  • étudier le thème sur le développement durable avec des regards croisés pour ne pas se limiter à l’analyse économique et mobiliser l’analyse des politiques publiques en science politique sur ce sujet ;
  • étudier le thème « Instabilité financière et régulation » par des regards croisés pour mobiliser à la fois l’analyse économique mais aussi sociologique des marchés financiers ainsi, encore une fois, que l’apport de la science politique à l’analyse des politiques publiques.

Compte tenu du nombre de thèmes proposés où une approche mono-disciplinaire est à ce point réductrice, nous demandons que le groupe d’experts renonce à la séparation disciplinaire stricte qui prévaut dans le programme de première. L’APSES précise que cette approche thématique ne signifie en aucun cas prétendre supprimer les frontières disciplinaires. Les regards économiques et sociologiques sur un même objet (le chômage et l’emploi par exemple) peuvent être traités successivement. Cette solution aurait l’avantage de clarifier les spécificités disciplinaires (en termes de méthodes et concepts notamment), tout en permettant de mieux répondre à l’objectif de meilleure compréhension du monde dans lequel vivent les élèves et en évitant des redondances qui surchargeraient inutilement le programme.

Préconisation n°2 : l’APSES préconise que le futur programme de terminale soit structuré autour de thèmes d’étude permettant de donner du sens aux apprentissages des élèves, et non à partir du cloisonnement disciplinaire qui a prévalu pour le programme de première.

3. La question des débats dans les sciences sociales

L’APSES rappelle son attachement à ce que les SES conservent le pluralisme nécessaire à toute posture scientifique et gage de neutralité. Une approche rationnelle de l’étude des problèmes économiques et sociaux contemporains grâce aux différentes sciences sociales doit permettre d’éviter à la fois le relativisme et l’imposition de conclusions dogmatiques à l’étude de phénomènes susceptibles d’interprétations et de questionnements divers. Elle doit également permettre de distinguer dans le pluralisme des réponses possibles à une question donnée ce qui relève d’un débat scientifique au sein des sciences sociales de ce qui découle de choix de valeurs différentes. Une telle adaptation ne réduit pas le programme à une liste de concepts, notions et mécanismes que les élèves auraient à apprendre. L’apprentissage de la conceptualisation en sciences économiques et sociales doit aider les élèves à problématiser des questions socialement vives et faciliter l’aller-retour entre conceptualisation et investigation empirique.

Préconisation n°3 : l’APSES préconise que le futur programme de terminale redonne toute sa place au pluralisme théorique, très largement absent du programme de première.

4. Evaluation et apprentissages des élèves

L’APSES rappelle qu’il est nécessaire d’organiser une consultation transparente sur le bilan de l’actuel programme de terminale (celui de 2002) avant d’entamer la réflexion sur sa réécriture. Les membres du groupe d’experts auraient ainsi un matériau solide pour penser la rénovation du programme de terminale. Aucun bilan n’a été fait de la mise en œuvre du programme actuel : quels sont les thèmes, les questions, les notions qui « passent » et ceux qui « passent » moins bien en classe ? Quelles sont les stratégies pédagogiques et didactiques mises en œuvre par les professeurs ? Ce programme pose-t-il des problèmes d’évaluation ? Les professeurs qui l’enseignent depuis des années, les formateurs et les conseillers pédagogiques qui assistent à des cours, les inspecteurs pédagogiques régionaux qui font de même ont certainement des points de vue qu’il convient de recueillir en amont. L’APSES déplore également que les programmes de terminale soient rédigés avant qu’ait été organisé une véritable réflexion sur l’évaluation, les programmes de terminale devant être remis avant que les travaux de l’Inspection générale sur l’évaluation n’aient abouti. L’évaluation joue pourtant un rôle fondamental dans la mise en pratique des programmes et dans la définition des savoir-faire à mobiliser à et enseigner.

En tout état de cause, introduire une épreuve expérimentale et mieux évaluer les compétences des élèves ne peut se faire qu’en réduisant très significativement le volume de l’actuel programme, qui plus est dans un contexte où les conditions ne seront plus réunies pour former les élèves à la recherche documentaire ou à une nouvelle forme d’évaluation (dédoublements aléatoires selon les établissements, passage de 6 à 5 heures de SES en terminale).

Il convient donc d’éviter les dérives encyclopédiques constatées dans le programme de première, en évitant l’écueil de l’inflation notionnelle, et en proposant un nombre restreint de chapitres. Les indications complémentaires du programme ne doivent pas contribuer à accroître la charge de travail des enseignants et des élèves, mais au contraire à mieux délimiter les contours des problématiques du chapitre.

Préconisation n°4 : l’APSES préconise que le futur programme de terminale comporte un nombre restreint de chapitres, notions et problématiques, afin de respecter les apprentissages des élèves, les former à quelques démarches des sciences sociales et les préparer aux évaluations du baccalauréat.

Billet mis en ligne le 1er octobre 2010.