Tout en pointant de nombreux points d'accord entre le texte de cette pétition et les positions défendues par l'associatiion représentative des professeurs de SES, le communiqué se démarque sur plusieurs points de l'interprétation que fait la pétition du rapport Guesnerie. L'Apses demande donc à Roger Guesnerie de clarifier "les points ambigus du rapport d'audit".

Notre collègue Alain Beitone a pris l’initiative individuelle de diffuser un texte intitulé « La rapport Guesnerie et l’avenir des SES » qui a recueilli un grand nombre de signatures de membres éminents de la communauté scientifique en économie, sociologie et science politique. Le nombre et la qualité incontestable des signataires démontre le soutien de cette communauté aux Sciences Economiques et Sociales et son souci de préserver cet enseignement des attaques idéologiques qu’il a subi au cours des derniers mois.

Ce texte énonce un certain nombre de grands principes qui devraient, en effet, présider à la refonte des programmes de SES dans le cadre de la réforme du lycée. L’Apses ne peut que se féliciter de voir ainsi plébiscités les principes qu’elle défend depuis des années et qui réunissent aujourd’hui un très large consensus :

  • Le refus d’opposer formation du citoyen et formation disciplinaire ;
  • La nécessité de la pluridisciplinarité des SES au lycée ;
  • Le souci d’une « pédagogie attractive » ;
  • L’importance de partir de l’étude de la réalité économique et sociale afin de susciter l’intérêt des élèves ;
  • Le refus de faire des SES au lycée une simple transposition des enseignements pratiqués dans le supérieur ;
  • L’apport des Sciences économiques et sociales qui permet aux élèves d’échapper au relativisme en confrontant théories et faits, mais qui leur permet également de repérer la diversité des réponses des sciences sociales sur certaines questions.
  • L’importance de la formation continue des enseignants.
  • Le nécessaire allègement des programmes.
  • La recherche de complémentarités plus fortes entre les SES et d’autres disciplines scolaires.

Toutefois, le texte proposé par Alain Beitone relève d’une interprétation hâtive et partiale d’un rapport parfois beaucoup plus ambigu dans ses recommandations. Par ailleurs, il ne mentionne pas d’autres propositions bien plus inquiétantes du rapport qui, une fois mises en œuvre, risqueraient de dénaturer l’enseignement de Sciences Economiques ET Sociales en en modifiant profondément les finalités. Trois points méritent particulièrement d’être relevés pour dissiper toute forme de malentendu.

1. Le refus d’opposer la formation du citoyen et la formation disciplinaire

Selon le texte d’Alain Beitone, le rapport « refuse d’opposer la formation du citoyen et la formation disciplinaire ». Pourtant, l’introduction du rapport consacre près de trois pages à expliquer qu’ « il y a une tension immédiatement évidente entre les visées de formation générale, d’une part, et de formation intellectuelle, d’autre part » (page 7), et qu’il conviendrait, en « rompant avec la conception actuelle des programmes », de « mettre au cœur de l’enseignement l’acquisition de ces bases des cultures et des raisonnements disciplinaires et de faire de cette acquisition l’objectif prioritaire et structurant de l’enseignement » (page 9).

Conformément aux positions qu’elle a toujours défendue dans ce débat, l’Apses réaffirme que la formation générale de futurs citoyens aptes à comprendre les économies et sociétés qui les entourent passe par la maîtrise des raisonnements et méthodes des différentes sciences sociales et qu’en aucun cas ces deux objectifs ne doivent être opposés ou hiérarchisés dans la confection des programmes.

2. La nécessité de partir de l’étude de la réalité économique et sociale afin de susciter l’intérêt des élèves

En effet, le rapport reconnaît bien les mérites de l’approche thématique qui prévaut dans les programmes actuels. Cependant, les citations convoquées précédemment peuvent également laisser penser que les notions et raisonnements disciplinaires sont amenés à remplacer les thèmes ou objets d’étude comme « objectif prioritaire et structurant de l’enseignement », ce qui affaiblirait l’intérêt des élèves et donc l’attractivité de la discipline. L’exemple anglais, où le nombre d’élèves choisissant de suivre un enseignement d’économie au lycée (de type initiation à la micro et à la macroéconomie) est en chute libre, ne plaide pas en faveur d’une telle conception des programmes.

L’Apses plaide pour que les futurs programmes conservent une architecture sous formes d’objets d’étude permettant de mobiliser les notions et méthodes des sciences sociales, conformément aux recommandations finales du rapport à destination du futur groupe d’experts (« le travail du comité consistera à définir une liste d’objets d’études et à les agencer de façon cohérente – notamment dans la filière première - terminale – pour permettre l’acquisition progressive et cumulative de ces fondamentaux », page 30).

3. La pluridisciplinarité des SES au lycée

Alain Beitone affirme que le rapport Guesnerie propose « une approche nuancée de la question du croisement des regards disciplinaires sur des objets d’étude » en rappelant que pour ses rédacteurs « le croisement de leurs approches respectives sur un même objet peut souvent s’avérer particulièrement fécond » (page 25).

Cependant, son texte omet de préciser que la commission recommande « de réserver ce croisement des regards à un nombre limité de cas » (page 25 également) et refuse de se prononcer sur « la création d’enseignements modulaires pouvant introduire une logique de séparation disciplinaire » (page 10), laissant donc la porte grande ouverte à une telle évolution. La sociologie est d’ailleurs assez maltraitée dans ce rapport, s’attirant des critiques contradictoires : elle serait à la fois « trop abstraite » car trop conceptuelle et « trop compassionnelle » (page 16) car en prise avec des phénomènes sociaux contemporains, alors qu’elle permet précisément aux élèves de prendre de la distance pour analyser « de l’extérieur » des questions qui parfois les touchent directement.

L’Apses réaffirme la nécessaire pluridisciplinarité des Sciences économiques et sociales au lycée, parce que ces croisements sont féconds, mais également parce qu’une spécialisation trop précoce limite l’étendue des débouchés et la capacité des élèves à s’orienter de manière raisonnée dans le supérieur.

Le texte proposé par Alain Beitone ne reflète pas fidèlement le contenu du rapport Guesnerie, sur lequel l’Apses a fait part de points de convergence mais également de divergences et d’interrogations (voir communiqué du 3 juillet 2008) : "RAPPORT GUESNERIE : UNE RECONNAISSANCE DES S.E.S., MAIS DES AMBIGUÏTES INQUIETANTES ". Aussi, l'Apses considère que le contenu du rapport ouvre la porte à des interprétations variées et peut aboutir à des propositions très éloignées de celles souhaitées par ce texte. L’Apses ne peut donc signer cet appel.

C'est pourquoi l’Apses demande à Roger Guesnerie de clarifier les points ambigus du rapport d'audit qui semblent entrer en contradiction avec les principes qu’elle défend. L’Apses et ses adhérents seront vigilants et actifs pour que ces lignes directrices soient respectées lors de la refonte des programmes dans le cadre de la réforme du lycée.