Début 2009, on dispose de données sur les revenus de 2006. Pourquoi des délais aussi longs ?

Nous diffusons normalement les informations avec un décalage de dix-huit mois. C'est le cas en 2008: les premiers éléments de 2006 ont été publiés à la mi-2008. Nous utilisons les déclarations d'impôt. La Direction générale des impôts nous communique les éléments en janvier de l'année après laquelle les ménages ont déclaré leurs revenus, soit treize mois après la fin de l'année en question. Il nous faut cinq mois pour traiter l'information et l'enrichir des données relatives aux prestations sociales. Cette année, nous avons modifié nos méthodes afin d'intégrer les prestations sociales réellement versées aux ménages et de mieux couvrir les revenus du patrimoine. Une opération d'envergure qui nous a conduits à reporter au début du mois d'avril nos publications détaillées, qui consisteront cette année en deux numéros d'Insee Résultats au lieu d'un: le premier consacré à 2006, le second à 2005. En même temps, nous publierons un document complet sur les revenus et le patrimoine dans la collection Insee Références. Nous comptons bien reprendre le rythme habituel: en juin, nous aurons les premiers éléments pour 2007, et à l'automne les éléments détaillés.

Les revenus du patrimoine sont-ils désormais mieux pris en compte ?

Nous avons fait de gros progrès dans ce domaine, en prenant en compte les éléments qui n'apparaissent pas dans les déclarations d'impôt du fait des exonérations fiscales ou des mécanismes de prélèvement libératoire. Nous devrions encore progresser grâce à l'enquête sur le patrimoine de 2009, qui s'attachera notamment à mieux couvrir le haut de la distribution des patrimoines et permettra d'améliorer les modèles de détention d'actifs.

On ne dispose d'aucune série rétrospective avec cette nouvelle méthode, ce qui empêche d'analyser l'évolution des inégalités...

Début avril, nous publierons des éléments utilisant la nouvelle méthode pour l'année 1997. Mais faire cette rétropolation est très délicat dans la mesure où on ne dispose que d'enquêtes patrimoine pour les années 1996 et 2004. Entre les deux, nous n'avons pas d'éléments précis. En outre, on ne connaît pas pour cette période les prestations sociales réellement versées. Il ne peut donc s'agir que d'estimations. Pour 2011 ou 2012, nous réfléchissons à la publication d'une série rétropolée, mais cela restera toujours peu ou prou une interpolation entre les données de 1997 et celles de 2005.

On reste aussi sur notre faim pour ce qui est des hauts revenus, les 10 % les plus aisés.

Dans ce domaine, nous allons aussi loin que nous le pouvons compte tenu de la taille de l'échantillon de l'enquête sur les revenus fiscaux et sociaux (35 000 ménages). Nous publions ainsi des résultats sur les 5 % des ménages les plus riches. Mais nous sommes conscients que nous avons des progrès à faire pour éclairer cette question. L'an prochain, nous allons publier une étude sur les hauts revenus, qui donnera des éléments sur les revenus déclarés au fisc dans l'extrême haut de la distribution. En 2011, notre échantillon devrait passer de 35 000 à 300 000 ménages et on pourra disposer d'un spectre très large d'analyses des niveaux de vie, notamment pour les plus aisés.

On manque également d'information sur le coût du logement. Vous comptabilisez les allocations logement et la taxe d'habitation, mais pas les loyers.

La question du coût du logement des propriétaires - les loyers fictifs, dans le jargon des économistes - est un axe de travail important pour nous, sur lequel il faut que nous travaillions encore. Ce n'est pas simple, parce que, par exemple, on ne peut pas traiter de la même façon les propriétaires qui ont achevé de rembourser leurs emprunts et les accédants à la propriété. Nous allons prochainement publier des éléments, et notamment l'impact sur les inégalités de la prise en compte du coût du logement. En 2011, nous aurons des informations plus complètes, notamment avec des données locales.

Avez-vous le sentiment que les moyens affectés sont suffisants par rapport à l'enjeu ?

Il ne faut pas minimiser l'effort qui a été fait par l'Insee pour améliorer la connaissance des revenus du patrimoine, ou pour connaître le montant des prestations sociales effectivement perçues. Pour les années à venir, l'élargissement de notre échantillon va aussi consommer des moyens supplémentaires. La connaissance des revenus est un axe fort de l'Insee, même si nous devons encore progresser, notamment au sujet des revenus à un niveau territorial fin, ce qui est une demande importante.

Propos recueillis par Louis Maurin

Mis en ligne le 22 avril 2009.

Article publié avec l'aimable autorisation de l'éditeur.