Le ministre de l’Education nationale a décidé de réformer le lycée. Pour des raisons qui tiennent certainement autant à l’économie –réduire les dépenses budgétaires- qu’à des orientations générales en matière d’éducation : favoriser la liberté de choix des familles – comme cela a déjà été fait avec la suppression de la carte scolaire-, sauver les études littéraires, recentrer l’enseignement sur des « fondamentaux », augmenter le nombre d’étudiants au niveau Licence, etc.

Pour préparer cette réforme, il a nommé Jean-Paul de Gaudemar, économiste, ancien Directeur des enseignements scolaires au ministère et Recteur de l’Académie d’Aix-Marseille. Ce dernier vient de recevoir une délégation de l’Apses et les propos tenus lors de cette entrevue renforcent les inquiétudes des professeurs de SES. D’autant qu’ils viennent après de nombreuses attaques – essentiellement provenant des milieux patronaux- contre la discipline, dont notre site a déjà rendu compte, et après le rapport controversé de la commission Guesnerie.

La réforme du lycée est en chantier, mais on en connait déjà le calendrier, très serré et, de ce fait, contesté par les syndicats : application en seconde à la rentrée 2009, en première à la rentrée 2010 et en terminale à la suivante. Et l’organisation générale : une répartition des enseignements en trois blocs et un système de modules de formation semestriels au choix des élèves. En seconde, les enseignements seraient répartis en 60% pour l’enseignement général, 25 % pour l’exploration et 15 % pour l’accompagnement. L’année comprendrait 18 modules semestriels répartis en 11 modules d’enseignements généraux, 4 pour les enseignements d’exploration et 3 modules d’accompagnement.

En première et terminale, la répartition serait de 45% pour les modules fondamentaux, 45% pour ceux de spécialisation et 10% pour l’accompagnement, avec 16 modules généraux et 16 modules de spécialisation sur l’ensemble du cycle. Il aurait quatre dominantes : lettres et arts, sciences, sciences de la société et technologie. L’enseignement au lycée deviendrait donc « modulaire » (des modules de trois hebdomadaires) et semestriel. Il n’y aurait donc plus de séries à proprement parler, mais des parcours, probablement « fléchés », au choix des élèves.

Laissons de côté les questions générales que soulèvent ces projets pour en venir à l’enseignement des sciences économiques et sociales et à ce qui inquiète l’APSES dans les déclarations de Jean-Paul de Gaudemar.

  • L’acceptation par un haut responsable de l’Education nationale de soumettre des programmes scolaires d’enseignement général aux exigences de ce que Jean-Paul de Gaudemar appelle plaisamment la « classe économique », alors qu’il s’agit plus clairement d’une fraction du patronat.
  • La semestrialisation réduirait le temps d’apprentissage des élèves pour une discipline nouvelle (elle n’est pas enseignée au collège) et exigeante en matière méthodologique, d’autant que la possibilité de travail en demi-groupe semble exclue.
  • Les risques d’une séparation économie-sociologie d’une part, et, d’autre part, d’une formation par modules peu cohérente. L’éclatement de la formation en modules spécialisés pose déjà certains problèmes à l’université, elle devient problématique au lycée, dans le cadre d’une première formation à une discipline en risquant de laisser des trous béants dans cette formation.
  • La probable suppression de la série S.T.G. et sa fusion avec la série E.S., puisque les enseignements y seraient assez similaires (économie, gestion, droit), alors que l’identité professionnelle des professeurs de SES d’une part et d’économie-gestion d’autre part, est très différente.