L’Idies s’en est fait l’écho, la majorité des professeurs de sciences économiques et sociales et leur association professionnelle représentative, l’APSES, s’opposent aux nouveaux programmes de sciences économiques et sociales issus de la réforme Chatel qu’ils jugent exagérément lourds, « académiques » et faisant la part trop belle à la sciences économique mainstream, et surtout peu propices à une pédagogie « active ». A tel point que, pour la classe de première, l’association a proposé un « programme de contournement » et, sur cette base, offert un « manuel de contournement » en ligne, SESâme, qui rencontre un indéniable succès auprès des professeurs de la discipline.

Espoirs déçus

Pourtant soutenue par de nombreux universitaires de renom et la plupart des associations de « spécialistes » du supérieur, l’APSES n’avait pas réussi à se faire entendre du ministre précédent, alors même que les programmes de seconde et de terminale avaient été récusés par le Conseil supérieur de l’éducation. Le changement de majorité avait fait espérer un retour à la raison. D’autant que, dès septembre, certains aspects controversés de la réforme du lycée concernant l’enseignement de l’Histoire-géographie, dont la lourdeur des programmes, étaient remis en cause. Plus même, interpellé par un représentant de l’association lors d’un débat organisé par Médiapart le 19 octobre, le ministre Vincent Peillon déclarait « … votre discipline est particulièrement maltraitée, pas seulement en Terminale d’ailleurs, sur... Et donc nous allons prendre des mesures plus urgentes pour ce qui vous concerne… ».

Depuis ? Les professeurs de sciences économiques, confrontés à l’urgence d’un nouveau programme de terminale qui entre en application cette année et à de nouvelles épreuves, décidées sans concertation par l’inspection générale, auxquelles il faut préparer les élèves pour juin prochain, sont nombreux à se retrouver dans ce témoignage: « Je n’arrive pas à boucler le 1er chapitre alors qu’on est fin septembre... » « Les élèves les plus à l’aise se rendent bien compte qu’on passe plus de temps à définir qu’à réfléchir, et qu’on n’a pas le temps de débattre ou d’aller au fond des choses. » Mais côté ministère rien !

Appel à la grève

C’est ce qui a décidé l’APSES a appeler à une grève et à un rassemblement le mercredi 28 novembre, place de la Bourse à Paris. Une revendication urgente, obtenir les allègements d’urgence au programme de terminale ; à terme, obtenir un engagement de réécriture des programmes de la seconde à la terminale et une amélioration des conditions d’apprentissage des élèves et les conditions d’enseignement des SES en classe de seconde.

D’ici là, l’APSES organise aussi dans le cadre du Salon de l’éducation, samedi 24 novembre, un débat sur le thème « quel rôle pour les programmes scolaires dans la refondation de l’école ? ».

Les professeurs de sciences économiques et sociales seront-ils entendus ou seront-ils contraints de continuer à « gaver » leurs élèves de notions désincarnées, se transformant ainsi, comme l’écrit l’un d’eux en « prof de dictionnaire » ?

Gérard Grosse

Billet publié le 20 novembre 2012