L’indicateur de pauvreté en conditions de vie, qui mesure l’« absence ou la difficulté d’accès à des biens d’usage ordinaire ou à des consommations de base » (Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale), est avec le niveau de vie, l’outil principal utilisé en la matière par la statistique publique. Cette approche essentiellement négative et matérielle du bien-être montre rapidement ses limites lorsqu’il s’agit de se faire une idée de la qualité de la vie d’une population. En dehors de cet indicateur, la plupart des enquêtes de l’Insee se contentent d’une approche subjective du bien-être (êtes-vous très/plutôt/pas très/pas du tout satisfait de la vie que vous menez ?).

Or, sans grande surprise, la courbe des revenus ne recoupe pas la courbe de l’appréciation subjective qu’ont les individus de leur existence. Il semble donc nécessaire d’approfondir les outils statistiques pour mieux prendre en compte et comprendre les facteurs « objectifs » qui entrent en jeu dans le regard porté par la population sur sa qualité de vie. Ce ne sont pas tant les données qui manquent. L’enquête SRCV (Statistiques sur les ressources et les conditions de vie), issue du travail d’Eurostat, fournit une large quantité d’informations pertinentes pour approcher le niveau de satisfaction de la population française, même si des études complémentaires seraient les bienvenues.

Travail, emploi, logement, loisirs, environnement, insertion sociale, participation à la vie politique… La première difficulté, d’ordre méthodologique, tient d’abord aux limites à poser à l’éventail des caractéristiques objectives qui peuvent entrer dans le calcul d’un indicateur synthétique. La « qualité de vie » peut-être influencée par un si grand nombre d’objets, qu’il faut s’arrêter sur certains, quitte à faire l’impasse sur d’autres. Or « il est difficile de trouver un indicateur de mesure de la qualité des activités personnelles qui tout à la fois s’applique à tous, et soit pertinent pour chacun ». Difficile, donc, de ne pas assimiler tout choix en ce domaine à un jugement de valeur implicite, aussi pures que soient les intentions des statisticiens participant à sa construction.

La seconde difficulté tient à la synthèse de ces critères. La mesure de la qualité de vie se fait en effet via plusieurs indicateurs, eux-mêmes composés d’autres indicateurs, comme la superficie et l’emplacement pour le logement. Il faut donc appliquer une pondération propre à chaque groupe de données pour réguler l’influence de chacun sur le résultat final. Et une fois de plus, tout choix en la matière reste arbitraire. Une des solutions envisagées serait de faire une grande moyenne nationale des préférences en termes de qualité de vie. Mais rien ne garantit que ce travail, fastidieux, ait vraiment une signification, d’autant que les préférences évoluent avec le temps. Enfin, les auteurs rappellent que la qualité de vie ne s’« additionne » pas comme n’importe quelle grandeur extensive : le cumul de difficultés dans plusieurs dimensions ampute probablement davantage la qualité de vie que ces difficultés prises séparément.

Côme Bastin

Billet mis en ligne le 5 mai 2011.