Tour d’horizon de ce qu’offre ce riche dossier.

Un bilan : une discipline qui a su innover

Les sciences économiques et sociales (SES), une des rares innovations durables du système scolaire français, ont été créées dans la seconde moitié des années 1960. Elles ont toujours été ancrées dans une série particulière (B puis ES).

Qu’est-ce qui a été novateur dans les SES ? Cette discipline présente-t-elle (encore) des particularités : écriture et contenu des programmes d’enseignement, méthodes pédagogiques ? Créées à un moment où la démocratisation devient un objectif-clé de l’Education nationale, dans quelle mesure, les SES y ont-elles contribuée ?

On le sait, et l’Idies s’est fait l’écho des plus récentes, SES et série économique et sociale ont fait l’objet d’attaques récurrentes, de la part des certains économistes, relayées par des médias et, au cours des dernières années surtout, de groupes patronaux. Le dossier propose aussi une analyse serrée de ces critiques.

Une illustration : les SES en action

Différents articles rédigés pour la plupart par des professeurs de SES permettent d’apprécier d’une part la diversité des pratiques pédagogiques : étude de documents, débat, travaux informatiques, cours croisé SES – maths… Et celle des supports pouvant servir à l’activité d’apprentissage des élèves : statistiques, texte scientifique, texte de loi, site Internet, bande dessinée, pièce de théâtre, tableaux, films, …

Différents témoignages et contribution illustrent la prise des cours sur la réalité observable afin d’en fournir des clés de compréhension : le père Noël, l’élection d’Obama, les tests ADN et l’immigration, etc.

Une ouverture : quelles SES demain ?

Un des mérites de ce dossier est de mettre en débat ce qui n’est pas toujours discuté par les inconditionnels (nombreux) de la discipline. Les pédagogies « actives » et la participation des élèves sont-elles favorables aux apprentissages ? Comment les SES peuvent-elles répondre à la demande sociale de compréhension du monde économique et social ? Faut-il dissocier SES et série économique et sociale ? Faut-il et peut-on construire des programmes en termes de « compétences » ? Plus généralement faut-il « refonder » les SES et sur quelle(s) base(s) ? A ce sujet, on ne peut que regretter l’absence, en dépit des sollicitations, de contribution des représentants de la discipline qui souhaitent des SES plus centrées sur les « fondamentaux » et/ou plus proche des « savoirs savants ».
Mais encore, pourquoi les préoccupations didactiques sont-elles à ce point absentes du rapport Guesnerie ? Et, renvoyant à une préoccupation très proche : quelle pourrait être la place des SES dans le lycée de 2010, de demain donc ?

Le dossier des Cahiers Pédagogiques s’accompagne de nombreuses contributions disponibles en ligne, dont plusieurs ont déjà été publiées, parfois sous une forme un peu différentes, par l’Idies : les débouchés des bacheliers ES, les bacheliers ES et les classes « prépas », une comparaison internationale des enseignements de sciences économiques et sociales, et encore de nombreux exemples d’activités d’apprentissage conduites en classe avec les élèves.

A la lecture de ce dossier la conclusion s’impose : de nouvelles inflexions sont certainement nécessaires, mais les sciences économiques et sociales ont fait la preuve de leur contribution à la formation intellectuelle et citoyenne des jeunes, et déjà de certains moins jeunes (!), qui ont suivi cet enseignement. Comme l’énonce Bernard Lahire, professeur de sociologie à l’ENS-Lyon dans un des articles du dossier : Que seraient à l’avenir les représentations du monde social de jeunes lycéens sans une connaissance minimale du marché économique, des organisations productives et de la stratification sociale, des inégalités économiques, sociales ou culturelles, des structures de la parenté et des formes contemporaines de la famille, des processus de socialisation ou des déterminants sociaux de la consommation ?

Billet publié le 2 avril 2009.