En Seine-Saint-Denis, la situation sur le marché du travail est préoccupante. Le taux de chômage y est de deux points plus élevé que la moyenne nationale (11,2 % contre 9,2 %). Et les jeunes souffrent particulièrement de cette situation. Pourtant, à première vue, les statistiques fournies par le service public de l’emploi tendent à relativiser le phénomène. Chez les 206 000 jeunes âgés de 15 à 24 ans que comptait le département fin 2010, on ne dénombrait que 13 200 inscrits à Pôle emploi.

Mais pour Françoise Benhamou et Joseph Cerrato, professeurs à Paris-XIII, ces chiffres sous-estiment largement la situation. En effet, beaucoup de jeunes ne prennent pas ou plus la peine de s’inscrire à Pôle emploi. N’ayant jamais travaillé après la fin de leurs études, ils sont inéligibles aux allocations chômage et donc peu incités à prendre contact avec le service public de l’emploi. D’autres sources permettent de mieux saisir l’ampleur du phénomène : les missions locales, en charge de l’insertion des jeunes en difficulté, comptent à elle seules 37 000 inscrits. Selon les auteurs, en comptabilisant d’autres sources annexes, c’est en réalité 40 000 jeunes qui sont en marge du marché du travail.

Un grand nombre personnes âgées de 15 à 24 ans ayant abandonné leur recherche d’emploi sont donc évincés des statistiques publiques et n’entrent pas dans le calcul du taux de chômage. Cet effet d’ « éviction » est d’autant plus important que le département souffre d’un chômage endémique, qui renforce la perte de confiance dans les institutions (comme Pôle emploi), et le sentiment de découragement.

Côme Bastin

Pour en savoir plus :

« Les jeunes, l’emploi et la ville. Une situation préoccupante », par Françoise Benhamou et Joseph Cerrato.

Mis en ligne le 13 mai 2011.