Suivant une pratique généralisée, les programmes s’ouvrent par une introduction précisant les objectifs et démarches de l’enseignement, suivie de la « grille » indiquant les thèmes à traiter et les notions que les élèves doivent acquérir, des « indications!complémentaires » venant préciser l’orientation à donner à l’étude de chaque thème.


Des enseignements pédagogiquement peu innovants

Etudions d’abord les « déclarations de principes ». On peut d’abord noter qu’elles sont, dans les deux cas, assez « traditionnelles ». D’autres « enseignements d’exploration » sont plus innovants. "Littérature et société" comme "Méthodes et pratiques scientifique" laissent au professeur la liberté de choisir deux ou trois thèmes dans une liste plus large. "Méthodes et pratiques scientifique" énoncent les compétences à construire chez les élèves. "Littérature et société" préconise une démarche de type TPE (réalisation de « productions » par les élèves) et exclut explicitement le cours magistral.

Rien de cela dans les deux projets de programmes étudiés ici, mais de grandes similitudes entre eux. Dans les deux cas, les objectifs sont conjointement la formation citoyenne et l’acquisition de savoirs scolaire. On peut néanmoins noter que, quand les PFEG parlent de « capacités d’analyse », les SES, elles, visent les « notions et raisonnements » fondamentaux. Ces programmes sont mis en perspective avec la poursuite d’étude au lycée et après. Les grandes lignes de la démarche pédagogique sont les mêmes : sensibilisation (ou observation), puis analyse (et conceptualisation précise le programme de PFEG), et le souci de la « mise en activité » des élèves est souligné dans les deux cas.

Les deux introductions sont donc pratiquement interchangeables, si ce n’est que le programme de PFEG semble plus attentif aux questions « socialement vives » que celui de SES. Le premier indique : « Chaque thème sera l'occasion d'éclairer un ou plusieurs aspects fondamentaux de l'économie et des sciences de gestion afin de permettre à l'élève d'en comprendre le sens et la légitimité, au regard des préoccupations économiques, sociales et sociétales actuelles.(c’est nous qui soulignons) » et le second souhaite « donner à tous les élèves(…) les éléments de base d’une culture économique et sociologique indispensables à la formation de tout citoyen qui veut comprendre le fonctionnement de l’économie et de la société (idem) dans laquelle il vit ».

Des enseignements dogmatiques

Etudions maintenant de plus près les « grilles », le contenu des programmes.

Celui de SES comporte quatre thèmes : « Ménages et consommation », « Entreprises et production », « Marchés et prix » et « Choix individuels et choix sociaux », mais comme il est indiqué que deux des trois questions de ce dernier thème sont facultatives et compte-tenu du volume du programme, le programme se réduit pour l’essentiel aux premiers thèmes.

Celui de PFEG comporte lui aussi trois thèmes : « Les acteurs de l’économie », « Les décisions de l’entreprise » et « Nouveaux enjeux économiques ».

En SES comme en PFEG, à l’intérieur de chaque thème, les items sont présentés sous forme de questions, par exemple « Comment les entreprises adaptent-elles leur organisation à leur environnement ? » ou bien « Comment l’entreprise se lance-t-elle sur un nouveau marché ? ». Précisons, car ce n’est pas forcément évident, que la première question figure dans le programme de SES et la seconde dans celui de PFEG. Il y a des questions, mais cela ne signifie pas que soit attendu un traitement problématisé des sujets. Au contraire, si on suit les indications complémentaires il s’agit presque exclusivement de « montrer » (en SES) ou de « présenter » (en PFEG) non de « discuter ». Bref, dans les deux cas, des enseignements assez « dogmatiques ». Toujours à propos des questions, on peut ajouter qu’elles semblent plus explicites – on peut penser aux élèves ou aux parents à qui ces programmes s’adressent aussi – en PFEG qu’en SES. Par exemple « Comment l’entreprise fixe-t-elle le prix d’un produit ? » est plus clair que « Prix qui montent, prix qui baissent, comment expliquer les variations de prix ? ».

Des enseignements centrés sur l’économie

Une première constatation s’impose. Dans les deux cas, ce qui fait la particularité de chacune des disciplines, est minoré. En SES les sciences sociales – sociologie, science politique, anthropologie – ont peu, voire pas de place. En PFEG, le même sort est réservé aux sciences de la gestion (comptabilité, marketing, gestion des ressources humaines). Dans les deux cas, les programmes sont (re)centrés sur l’économie, ce qui est cohérent avec la volonté ministérielle que les professeurs de SES et de CEG (communication, économie et gestion) soient partiellement interchangeables, en seconde du moins. Pour envisager une hypothèse plus lointaine de « fusion » des deux disciplines il faudra attendre les programmes de première et terminale et les évolutions des structures : quid de la filière technologique ?

Des enseignements faiblement complémentaires

Ces programmes sont-ils substituables ou complémentaires ? Il n’est pas très facile de répondre à cette question.

Les notions communes sont assez rares : production non-marchande, facteurs de production (dans les « notions » en SES, uniquement en « indication complémentaire » en PFEG), consommation (idem), taux d’intérêt, entreprise, demande et coûts. Cela plaiderait pour la complémentarité. Mais il faut souvent la rechercher dans les détails. Par exemple, pour comprendre la notion de « revenu disponible » du programme de SES, il faudrait aller puiser la notion de « redistribution », qui, elle figure dans le programme de PFEG. De la même façon, pour comprendre un peu le fonctionnement des entreprises qui, dans le programme de SES n’ont ni valeur ajoutée, ni profit, qui n’investissent pas et n’innovent pas, qui subissent un « environnement » mais ne semblent pas avoir à tenir compte des structures de marché ou de la concurrence, il faudrait certainement se tourner vers le programme de PFEG où ces notions sont listées. Sauf le terme « profit », décidemment tabou, remplacé par « marge », ce qui n’est, il est vrai, pas exactement pareil.

En tous cas, on est loin de la revendication commune des professeurs de SES et d’économie-gestion : des programmes complémentaires qui justifieraient le choix des deux options par les lycéens soucieux d’enrichir leur formation dans le domaine des sciences sociales.

Avantage concurrentiel pour les PFEG

Là où les deux options seront offertes aux lycéens, ce qui dépendra pour beaucoup des « ressources humaines » disponibles, l’un de ces deux « enseignements d’exploration », possède-t-il un avantage comparatif ? Le programme de SES essuie de nombreuses critiques : lourdeur, marginalisation des sciences sociales autres que l’économie, incohérences, biais idéologique marqué et abstraction exagérée, et enfin contenu « sous influence ». Celui de PFEG n’échappe pas à la lourdeur mais il semble offrir une description plus large de l’économie et propose des thèmes d’étude plus ancrés dans la réalité.

En effet, le premier thème permet de dresser un panorama macroéconomique assez général – au risque, il est vrai de s’éloigner de la conception d’un « enseignement d’exploration » : les acteurs de l’économie, le circuit, le rôle de l’Etat et des banques. Le second incite à une approche moins désincarnée de l’entreprise et des marchés que le programme de SES : il est question de stratégies d’entreprise, de concurrence et d’innovation, de fixation des prix et pas seulement de détermination du « prix d’équilibre », etc.

Enfin, ce programme est moins intemporel que celui de SES, des questions actuelles comme celles du consumérisme, de l’internationalisation des entreprises ou de « l’économie de la connaissance » peuvent être traités en classe.

En résumé, dans l’univers concurrentiel qui risque d’être celui des « enseignements d’exploration », les PFEG semblent posséder un avantage incontestable.

Pour autant, l’association des professeurs d’économie-gestion est loin d’être enthousiasmée par ce projet de programme auquel elle reproche, dans un communiqué du 27 janvier de « renonce(r) à l’exigence intellectuelle pour travailler pauvrement des notions simples et sans relations avec les grandes interrogations contemporaines », d’offrir plus de réponses que de questions, d’aligner un nombre pléthorique de thèmes au mépris des préoccupations pédagogiques, bref, d’être « trop lourd et trop dogmatique ». Des critiques qui sont proches de celles que l’association des professeurs de SES adresse au projet de programme de SES.

Au final, la convergence entre les enseignants de SES et d’économie-gestion a toutes les chances de se renforcer : volumes horaires insuffisants, absence de préoccupations pédagogiques, programmes peu attractifs, les inquiétudes sont les mêmes. Tous ceux qui s’intéressent à la formation économique des jeunes devraient se féliciter de ce rapprochement.

Billet publié le 29 janvier 2010

POUR EN SAVOIR PLUS : Consultez les projets de programme des futurs enseignements de seconde sur le site du ministère de l’Education Nationale