Au début de cette année, après avoir tergiversé, le ministère a refusé de créer une nouvelle section d’économie (« économie et société ») au sein du CNU comme le demandait l’Association française d’économie politique (Afep) afin d’instaurer plus de pluralisme dans les recrutements. Cette solution que le rapport Hautcoeur avait repoussée, mais le rapport 2014 de l’idies défendue a donc été rejetée sous la pression d’éminents représentants de la science économique néoclassique, Jean Tirole, « prix Nobel », Philippe Aghion, professeur au Collège de France ou Alain Ayong Le Kama, président de la section 05 (économie) du CNU. Nous avions estimé à l’époque que l’affaire n’était pas close. En effet, les choses ont bougé dans le monde des économistes universitaires.

Le CNU vient d’être renouvelé. Les membres sont pour les deux tiers élus sur des listes syndicales, ça c’est plutôt dans le collège B (les maîtres de conférences) ou corporatistes, ça c’est plutôt les professeurs (collège A). Le tiers restant est nommé par le ministère qui, dans la section 05 (économie) a veillé à désigner des hétérodoxes, certains comptant parmi les fondateurs et dirigeants de l’Afep. Ainsi, parmi les membres nommés par le ministère figurent par exemple André Orléan (le président de l’Afep) et Florence Jany-Catrice dans le collège A et Thomas Lamarche et Jonathan Marie (collège B).
Á défaut de créer la nouvelle section réclamée par l’Afep, le ministère, comme il s’y était engagé (entr)ouvre la porte à plus de pluralisme avec ces nominations. Le rôle du CNU n’est pas mince. C’est l’instance qui décide des qualifications aux postes de MCF et Professeurs des Universités. Elle décide aussi de l’attribution des PEDR (primes d’encadrement doctoral et de recherche), alloue les CRCT (congés recherche et conversion thématique) et étudie les demandes de promotion au sein d’une même classe. Une section « économie » plus ouverte à divers courants de l’hétérodoxie c’est un pas vers une « gouvernance » plus pluraliste des recrutements et des carrières.
D’autant que cette section renouvelé a réélu Alain Ayong Le Kama comme président, mais le discours de ce dernier semble s’être sérieusement infléchi comme le remarque, avec satisfaction l’Afep. Il a en effet pris une série d’engagements en faveur du pluralisme, notamment la reconnaissance de la diversité des profils de recherche et de méthodologie. Dans le désarroi qui prévaut aujourd’hui chez les économistes devant les enjeux énormes, la réduction du chômage et des inégalités, la transition écologique, etc., il est plus que jamais besoin de pensées nouvelles et surtout de confrontation de paradigmes, de méthodes et d’analyses, bref de pluralisme.
Il faut donc souhaiter qu’on n’en restera pas aux déclarations d’intentions et l’Afep prend date en proposant une « charte de bonne conduite » qui pourrait guider les décisions de la section 05 : transparence du fonctionnement de l’instance, et, dans les nominations, prise en compte des divers éléments constitutifs du métier d’enseignant-chercheur : thèse, articles, ouvrages, enseignements, investissements administratifs … pas seulement les articles (souvent cosignés) publiés dans quelques revues anglo-saxonnes.

Ces inflexions internes ne remplaceront pas la création d’une nouvelle section, mais ce second best est ou plutôt serait car beaucoup reste à faire, un progrès incontestable vers plus de pluralisme.

Á suivre donc.

Gérard Grosse
Billet publié le 3 décembre 2015