Reprendre l’initiative

En guise de vœux de nouvel an, l’Apses a publié dés le 2 janvier un communiqué de presse qui présente une proposition de programme pour la future classe de terminale. Alors que pour les classes de seconde et de première, l’association avait fait connaître ses contre-projets après ceux du Groupe d’expert, elle prend cette fois l’initiative.

Elle craint en effet que le projet que doit rendre public le groupe d’experts en février soit dans le droit fil du programme de première que l’association conteste toujours. Elle estime que ce programme ne saurait être appliqué en l’état à la rentrée prochaine. D’une part, parce qu’il est beaucoup trop lourd. D’autre part, parce qu’il procède à une « refondation » de la discipline (cloisonnement disciplinaire, mise à l’écart des « questions vives » et du pluralisme des approches). Elle peut s’appuyer sur les résultats d’une pétition où la moitié des professeurs de SES demande un moratoire sur l’application de ce programme. Et sur l’appui de plusieurs syndicats et associations de « spécialistes » du supérieur.

L’association dénonce par ailleurs le refus du ministère de conduire un bilan préalable de l’application du programme actuel. Elle se prévaut, au contraire, d’avoir mené une telle enquête et de s’être inspirée de ses résultats pour élaborer son projet de programme.

Quel est le contenu de ce projet de programme ?

Les familiers du programme de terminale ne seront pas dépaysés : la ligne directrice - croissance, développement et changement social - est conservée et nombre des thèmes traditionnels de la terminale s’y retrouvent : l’innovation et la croissance, l’organisation du travail, l’emploi, la cohésion et la mobilité sociales, la mondialisation, etc.

Mais, par rapport à l’existant, ce projet est plus resserré : nombre de thèmes et de notions réduits, balisage des problématiques. De ce fait, certains sujets sont minorés ou éliminés – aspects culturels de la mondialisation ou questions européennes par exemple - , mais d’autres sont cependant introduits ou développés – la mondialisation financière et sa régulation par exemple.

Comme pour les propositions antérieures de l’Apses pour la seconde et la première, ce programme cherche à combiner l’approche par des questions en débat (« Les transformations de l’Etat providence permettent-elles de réduire les inégalités ? » ou bien « Faut-il contrôler les flux de capitaux ? ») et l’apprentissage des méthodes des sciences sociales auquel une « colonne » du programme est consacrée.

Le choix de proposer un programme plus en prise sur les réalités pédagogiques des classes conduit à réduire le volume du programme et à effectuer des choix qui ne manqueront certainement pas d’être critiqués.

L’Apses appelle d’ailleurs à cette discussion en offrant un espace sur son site , ouvert aux enseignants comme aux élèves et aux parents ou aux chercheurs.

En reprenant ainsi la main sur la question des programmes, l’Apses place la balle dans le camp du groupe d’experts et du ministère. Elle offre aussi une autre façon de concevoir un programme d’enseignement : un bilan préalable de l’application du programme existant, un projet élaboré par un groupe et discuté d’abord en interne par les quelques dizaines de membres du Comité directeur de l’association, puis proposé à la discussion publique.

Billet publié le 4 janvier 2011.