Le 10 octobre dernier, j’écrivais au Ministre au nom du CA de l'APCEG pour lui demander un moratoire sur la réforme STMG :

« En tant que présidente, je tiens à vous faire part de l’indignation de mes collègues devant le passage en force que vos services sont en train d’effectuer en ce qui concerne la réforme des premières et des terminales STG. Les professeurs considèrent que rien ne justifie la précipitation avec laquelle cette réforme a été conçue. Notre filière a été créée en 1968. Elle est restée « G » pendant 25 ans. En 1992, elle a été réformée pour « STT » qui a duré 13 ans avant de devenir « STG » en 2005. Nos programmes ont donc 6 ans seulement. Certes ils doivent être actualisés régulièrement, mais pourquoi changer maintenant le nom de notre filière qui commence juste à être identifié par les élèves et les familles ? Prenons le temps de penser les évolutions ! »

Nos lecteurs ne seront pas étonnés d’apprendre que ni Luc Chatel, ni personne de ses services n’ont daigné me répondre puisque la seule stratégie actuelle est le passage en force. Quelques exemples :

  • le nom de l’option PFEG déplait à tous les acteurs de la filière STG ; pourquoi ne pas avoir retenu « sciences de gestion » ?
  • L’idée de garder le nom de STG fait l’unanimité chez les collègues ; or, la transformation en STMG vient d’être publiée au B.O .
  • L’APCEG, seule association des professeurs d’économie et gestion, a toujours été associée (certes discrètement) aux groupes de programmes. Pour la première fois, fin septembre, nous avons été placés devant le fait accompli.
  • Le temps de consultation des collègues a été de moins de quatre semaines. A titre indicatif cette phase avait duré 7 semaines pour les programmes des enseignements généraux


Pourquoi demander un moratoire sur cette réforme ?

1) Une réforme ne peut réussir que si elle est portée par ses acteurs. Leur conviction se construit grâce à une réflexion personnelle, à des débats entre collègues et avec les IPR. C’est un moment privilégié pour réfléchir sur les programmes, mais aussi sur les objectifs, les difficultés et les succès de notre filière, sur les besoins de nos élèves. Elle ouvre des possibilités exceptionnelles de mettre à plat les façons d’enseigner, de les revisiter, de les améliorer. Dans ce cadre, les professeurs émettent des critiques, des propositions relayées par la hiérarchie. Les dizaines de contributions que nous avons reçues des collègues le dévoilent. Le désir de repenser le métier est fort. Or, plus le temps pour intégrer le changement est réduit, plus la résistance est grande. La précipitation au niveau des textes, le manque d'information préalable pour préparer les esprits, l’insuffisance de dialogue avec les IPR et d'explications de la réforme, créent des frustrations, précipitent et concentrent les rancœurs au lieu de mobiliser les énergies positives. Or, tout particulièrement dans notre profession, la subjectivité des acteurs est essentielle.

2) Partager le pari d’une réforme nécessite du temps mais aussi de l’écoute. Dans ces deux domaines, la réforme STMG est gravement déficitaire. Les programmes amorcent des évolutions intéressantes mais ils ne sont pas suffisamment aboutis : celui de « sciences de gestion» de première apporte des nouveaux thèmes attirants, mais il manque de cohérence et il ne prépare pas assez aux formations de terminale. Ceux-ci gardent leur caractère technologique, ce qui est positif mais ils ne sont pas allégés à proportion de leur diminution horaire. Il faut encore les recentrer sur les concepts essentiels. Tous font l’impasse sur les théories. Lorsque nous avons consulté les collègues sur ce sujet, 50% ont répondu favorablement à leur introduction. Jeudi dernier, dans un amphi des Journées de l’économie, je posais la question à André Orléan dans le cadre d’une conférence sur « 75 ans de théorie générale de Keynes ». Sa réponse est reproduite dans l’encadré 1. Le mois dernier, j’interrogeais Michel Berry sur le même sujet lors de la séance d’introduction des journées du management à Paris. Son avis allait dans le même sens : les théories sont incontournables. Les enseigner, ce n’est pas pratiquer du magistral incompréhensible, c’est montrer que les approches sont plurielles et que l’homme cherche de plus en plus à comprendre et à identifier les phénomènes. De plus, les questions théoriques ont de fortes implications pratiques. Donner des repères conceptuels aux lycéens n’est pas si difficile et cela n’induit pas forcément une pédagogie frontale. Par exemple, pourquoi ne pas organiser en classe des débats, des colloques et même des jeux de rôles où des groupes d’élèves apprennent en proposant les raisonnements de Keynes, d’autres d’Adam Smith, de Ricardo ou de Marx ? Le professeur peut ensuite rectifier, préciser ou contredire les arguments non pertinents !

3) Les modalités de contrôle de l’épreuve pratique vont évoluer : l’étude sera présentée en première et notée par des collègues de l’établissement selon la « formule TPE » des filières générales. Seuls les points supérieurs à 10 compteraient, avec un coefficient 2. Le projet sera présenté en terminale avec une épreuve en cours d’année notée par le professeur de la classe qui devrait compter pour une part de la note et une épreuve finale pour laquelle nous n’avons aucune assurance qu’elle sera évaluée comme actuellement par des jurys extérieurs. Nous devons encore débattre de ces changements. Dans une première approche, on peut penser qu’introduire l’étude en première allégera le travail de terminale. L’expérience des TPE est plutôt positive. En revanche, créer une session de plus en terminale va alourdir les tâches de tous. En créant plus de pression, elle entrainera plus de stress. Beaucoup de professeurs de STS et de LP déplorent de passer leur temps dans le cadre d’un CCF, à évaluer plutôt qu’à former. D’autre part, est-ce que multiplier les notes les rend plus justes ? Là encore, les enseignants ont besoin d’une réelle formation à la docimologie et d’une concertation sur les objectifs des formations et les attentes aux examens. La manie de tout quantifier qui touche l’éducation nationale détériore son efficacité.

4) Cette réforme doit être accompagnée d’un réel effort de formation. Les premières journées du management ont été ouvertes à des publics divers et nous nous en félicitons. Les journées de l’économie sont plébiscitées par les participants. Pour autant est-il acceptable que nous soyons si nombreux à nous y rendre à nos frais et sans ordre de mission alors que les bénéfices qu’en tirent nos enseignements sont évidents ?

Sylvie Cordesse Marot

Extraits d'un article paru dans le numéro 112 de la revue Economie et gestion.

Mis en ligne le 6 janvier 2012.