Idies Rapport 2013 BAT by Alterco

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RÉSUMÉ

L'économie occupe aujourd'hui une place centrale dans le débat public. C'est un sujet technique mais qui fait l'objet de nombreuses controverses. Les journalistes sont-ils capables d'en rendre compte de manière satisfaisante ? Ont-ils les moyens d'analyser les problèmes qu'elle soulève et dont la complexité est croissante ? Ont-ils suffisamment d'autonomie pour traiter de manière satisfaisante d'un domaine où les intérêts en présence sont considérables ?

Il est permis d'en douter. Pour au moins cinq raisons, qui ont trait à la formation des journalistes, à l'importance prise par la communication, à l'organisation des rédactions, à l'accélération de l'information et au bouleversement du modèle économique des médias.

Tout d'abord, le niveau de formation à l'économie des journalistes est souvent faible et a tendance à décliner, alors même que les questions économiques sont de plus en plus présentes dans l'agenda médiatique. Ce déficit de formation peut les handicaper quand il s'agit de lire les comptes d'une entreprise, de comprendre les mécanismes d'une restructuration ou les subtilités du droit du travail. Mais plus fondamentalement, cela les soumet au système de valeurs, aux grilles de lectures et aux postulats dominants.

Ce risque est d'autant plus fort que les services de communication des entreprises, dans le même moment, ont pris un poids considérable et disposent de moyens sans commune mesure avec ceux des rédactions. Résultat : trop de journalistes économiques reprennent les communiqués de presse sans chercher à valider les informations qui leur sont transmises.

D'autre part, au sein des rédactions, les services économiques occupent généralement une place spécifique, moins valorisée sur le plan hiérarchique que les services politiques et travaillent de manière peu articulée avec ceux-ci. Une situation qui nuit à la qualité de l'information économique - qui tend à être objectivée - , comme de l'information politique - qui rend mal compte des enjeux politiques liés aux questions économiques. Cette distance est entretenue par la faible compétence des hiérarchies en matière économique qui les conduit parfois à privilégier les sujets perçus comme les moins complexes.

L'accélération du traitement de l'information joue également négativement. Quand une information nécessite d'être traitée dans l'urgence, les journalistes spécialisés sont généralement court-circuités par les reporters de terrain qui enchaînent les sujets sans préparation, ni connaissance des données de base. Parallèlement, le recours à des experts extérieurs (souvent les mêmes) se généralise pour compenser le manque d'expertise interne aux rédactions.

La crise des modèles économiques des médias n'arrange rien. Les effectifs sont en baisse et la tension sur le temps imparti pour traiter d'un sujet s'amplifie. De plus en plus, les rédactions cherchent à recruter des journalistes immédiatement opérationnels, capable de traiter tous les sujets, sur différentes plateformes, et ce au détriment des rubricards, spécialistes d'un domaine. Parallèlement, la perte des ressources publicitaires met en péril l'autonomie du travail journalistique, poussant les directions de rédaction à être davantage à l'écoute des alertes et conseils des régies publicitaires. Au final, toutes ces tendances fragilisent l'information économique, au moment même où les questions dont elle traite devraient être placées au coeur du débat et où les attentes du public ne cessent de s'élever.


Mis en ligne le 22 mai 2013.