La réforme du lycée n’est pas abandonnée mais suspendue depuis décembre 2008. Cette suspension place les SES dans une situation particulière. Comme l’a rappelé Jean-Michel Charpin, ancien directeur de l’INSEE et président de l’Association Française de Science Economique, le 14 décembre 2008 a constitué pour les SES une date charnière. Ce jour là, Xavier Darcos, après bien des péripéties et des mobilisations annonçait la présence des SES dans le tronc commun de la future classe de seconde. Mais dès le lendemain, la réforme du lycée, trop vite et trop mal engagée, était suspendue.

Depuis, Richard Descoings a engagé des consultations dans quelques dizaines de lycées et doit faire ses propositions pour la réforme à la fin du mois de mai. Les assises de samedi dernier visaient d’abord à présenter les premiers résultats de l’enquête menée par l’APSES . Et, au-delà, à alimenter la réflexion de l’association représentative des professeurs de SES sur le souhaitable en termes d’objectifs, de contenus, de pratiques pédagogiques ou encore de place dans la structure du lycée. Qu’en ressort-il ?

Des points de convergence importants

Pour tous les participants, un enseignement généralisé de sciences économiques et sociales est indispensable. La déclaration commune, lors des Journées de l’économie de Lyon, ne disait pas autre chose.

Cet enseignement doit bien continuer à être un enseignement pluridisciplinaire et pas seulement un enseignement d’Economie. Par contre les conceptions de la pluridisciplinarité divergent (voir plus loin).

Les programmes, et en particulier celui de terminale, sont trop lourds, leur appropriation par les élèves est impossible. Il faut alléger, prohiber l’empilement des notions, des thèmes, des problématiques. De nouveaux programmes devraient mieux prendre en compte la question des compétences visées pour les élèves – à supposer qu’existe un accord sur ce que recouvre cette notion de compétence.

Les pratiques mises en œuvre sont souvent assez éloignées de « l’idéal pédagogique » des méthodes « actives », en particulier à cause de la lourdeur des programmes.

Les épreuves du baccalauréat doivent être revues car elles ne permettent pas suffisamment d’apprécier la « valeur ajoutée » par l’enseignement de SES. Entre autre, a émergé l’idée d’une nouvelle épreuve d’évaluation des « capacités expérimentales ».

Un dernier point d’accord, en creux pourrait-on dire, mérite d’être signalé, l’absence de crédit et pour tout dire la quasi absence de mention des critiques les plus virulentes et les plus médiatisées, celles de « Positive entreprise » ou de l’Académie des sciences morales et politiques.

Des divergences qui demeurent

Pluridisciplinarité : croisement ou cloisonnement ? Pour la majorité des professeurs de SES, rejoints par Julien Fretel pour l’Association Française de Science Politique plaidant pour des savoirs décloisonnés, le « croisement des regards », entendons la mobilisation de différentes sociales pour étudier un même thème, doit être privilégiée et, semble-t-il pour pour Roger Guesnerie lui-même. Pour l’inspection générale de SES représentée par son doyen Jean Etienne, le cloisonnement, la distinction des approches économique et sociologique doit être la règle.

Orientation des programmes : science ou pédagogie ? Le contenu des programmes devrait être plus proche des orientations et démarches actuelles de la (micro)sociologie pour Philippe Cibois (Association Française de Sociologie), ou bien, selon Jean-Michel Charpin, son contenu plus conforme à ce qu’il présente comme le consensus actuel des économistes en évitant les débats « dépassés ». Pour les professeurs de SES, au contraire, ces programmes devraient plus se préoccuper de « l’enseignable » et ne pas oublier que les débats entre paradigmes sont heuristiques. Là aussi la proximité semble grande avec Roger Guesnerie, affirmant qu’il n’y a pas d’opposition entre connaître le monde et penser le monde, entre formation intellectuelle et formation citoyenne.

Elaboration des programmes : les « sachants » ou les praticiens ? Cette divergence découle en partie de la précédente. Pour Jean-Michel Charpin, les programmes doivent être exclusivement élaborés par ceux qui produisent les connaissances, ceux qu’il appelle les « sachants », universitaires et chercheurs. Pour les professeurs, les acteurs de terrain doivent contribuer à parité à ces programmes, ce qu’approuve l’inspection générale, pourvu qu’une place raisonnable lui soit faite.

Jérôme Deauvieau, sociologue de l’éducation, dit avoir apprécié que l’APSES et les professeurs de SES fassent preuve d’ouverture et ne versent pas dans l’autosatisfaction. Il les a incités à poursuivre la réflexion et à se saisir plus encore de la question des apprentissages des élèves et de ce qui y fait obstacle, y compris dans les méthodes pédagogiques.

Claude Lelièvre, historien de l’éducation, a mis en garde. Les disciplines scolaires qui, comme les SES, n’ont pas le privilège des « grandes » disciplines, celles dont la présence et l’importance ne se discutent pas, ces disciplines « dominées » peuvent être tentées de rechercher une légitimité du côté de l’épistémologie. Pour lui, ce serait une erreur, il faut plutôt s’appuyer sur l’utilité sociale de la discipline, sur l’adhésion des élèves et de leurs parents.

Ces deux interventions ont eu aussi le grand mérite de rappeler qu’il faut soigneusement distinguer discipline et champ de recherche universitaires d’une part, discipline scolaire d’autre part.

Billet publié le 18 mai 2009