Nous comprenons et partageons l’accueil favorable que des médias et des élu-e-s peuvent réserver à l’idée de se fonder d’abord sur des critères sociaux et écologiques, et non sur le PIB, pour fonder des décisions politiques plus justes. C’est une idée que FAIR défend depuis sa création en 2008. Elle a trouvé un intéressant débouché en France avec la « loi Eva Sas » votée récemment à l’unanimité. Et sans aucun doute, ce nouvel indicateur dispose de qualités et de sérieux dans sa construction.

Mais plusieurs spécialistes de ces questions au sein de FAIR ont voulu analyser les méthodes et les choix qui ont présidé à la mise au point du SPI. Un dossier d’évaluation rassemblant des contributions d’Isabelle Cassiers, Géraldine Thiry, Florence Jany-Catrice, Jean Gadrey et Dominique Méda sera très prochainement mis en ligne. Ses conclusions sont largement critiques. Il ne nous semble pas que cet indicateur, dont des choix cruciaux fondent une vision biaisée du « progrès social soutenable », soit à même de fournir un cap compatible avec les ambitions qui devraient être celles de l’UE, aussi bien sur le plan social que sur le plan écologique. Notre dossier en fournit plusieurs explications, dont les deux suivantes peuvent suffire à susciter de fortes réserves.

En premier lieu, cet indicateur de progrès social est indifférent aux inégalités (de revenu, de patrimoine, de santé, etc.), alors même que la « commission Stiglitz » avait mis l’accent sur la nécessité de leur accorder une grande importance dans toute construction d’indicateurs alternatifs. Il n’intègre pas non plus d’indicateurs de solidarité (bonne protection sociale), ni de conditions de travail (travail décent), ni de chômage.

En second lieu, le SPI, qui se présente comme un indice de progrès social soutenable, accorde un poids minime aux enjeux écologiques (5 variables sur 52), et, par ailleurs, il fait le choix éthiquement contestable de mesurer les émissions de gaz à effet de serre « par rapport au PIB », et non par habitant, avec pour effet de dédouaner largement les pays riches et de pénaliser les plus pauvres.

Notre dossier revient en détails sur ces choix discutables, non conformes selon nous aux perspectives qui devraient être celles d’une Europe sociale et écologique.

Oui, c’est une bonne idée d’utiliser de bons indicateurs alternatifs en vue de politiques de transition écologique et sociale. Il en existe, en France notamment, en Belgique, et ailleurs. Mais ce ne serait pas une bonne idée d’importer, sans le soumettre à un examen approfondi et sans avoir sollicité la société civile, un indicateur qui ne nous semble pas indiquer la bonne direction. Il s’agit en réalité de choix de société et non pas de choix techniques.

Paris, le 25 avril 2015