À la fin de l’année dernière, les déclarations du ministre Vincent Peillon laissaient quelques espoirs aux enseignants de sciences économiques et sociales aux prises avec des programmes, et en particulier un programme de terminale entré en application en septembre dernier, dont ils dénonçaient la lourdeur.

Un groupe de travail a été réuni. Présidé par le doyen de l’Inspection Générale, il comprenait deux autres inspecteurs et cinq enseignants en lycée, ainsi que le président de l’ancien groupe d’experts, Jacques Le Cacheux. Sa lettre de mission n’était pas de revoir les programmes, mais de proposer au ministère d’éventuels allégements pour ceux de première et de terminale.

Propositions

Ce qui a été fait et, après consultation de l’Apses et des syndicats, ces propositions doivent être présentées devant le Conseil supérieur de l’éducation le 21 mars.

Sans être forcément à la hauteur des attentes, ces allégements sont significatifs puisqu’ils sont estimés par un des dirigeants de l’association, pour la terminale, à l’équivalent de quatre semaines de cours. Un soulagement certain pour les professeurs de terminale dont une enquête avait montré qu’en décembre, les trois-quarts d’entre eux avaient déjà accumulé … quatre semaines de retard !

Ces allégements constituent aussi une reconnaissance de la validité des critiques portées tant par l’Apses que par la plupart des syndicat – le SNES, syndicat majoritaire chez les enseignants du second degré, au premier chef.

Conseil supérieur des programmes

Mais après ce premier pas, le plus dur reste à faire : pas seulement alléger, mais repenser ces programmes si vivement contestés. Une telle procédure est envisagée : création d’un conseil supérieur des programmes, qui remplacerait le Conseil national des programmes, créé par Jospin en 1989 puis supprimé par Fillon en 2005, puis réunion d’un nouveau groupe d’experts afin de rédiger des programmes qui entreraient en application en 2015 en seconde, 2016 en première et 2017 en terminale.

C’est Alain Boissinot qui a été chargé par le Ministre de la mise en place de ce Conseil supérieur des programmes. Ce haut fonctionnaire, Inspecteur général, plusieurs fois recteur, membre des cabinets de François Bayrou et de Luc Ferry, n’est pas franchement un ami des SES. C’est à lui que l’on doit la formule selon laquelle la création des sciences économiques et sociales aurait été une « erreur génétique ».

Au-delà, beaucoup de questions demeurent, comme cela était évoqué ici dans un précédent billet : quel sera le mandat du futur Conseil supérieur des programmes, quel seront la composition et le mandat des futurs « groupes d’experts » ? Et cette question en appelle d’autres, qui ne concernent d’ailleurs pas que les sciences économiques et sociales. Un véritable bilan de l’application des programmes antérieurs sera-t-il fait ? Comment la profession sera-t-elle associée à ces changements ? Ces groupes d’experts auront-ils le temps de travailler sereinement ? Au sein d’une série, les programmes des différentes disciplines seront-ils pensés ensemble pour faciliter les complémentarités ?

Dernier élément à prendre en compte. Il a été beaucoup reproché à la réforme des programmes le peu de cas fait des questions pédagogiques : empilement de notions, démarches académiques, logiques transmissives. Il ne faudrait pas qu’une nouvelle réforme méconnaisse le travail, souvent considérable, que les nouveaux programmes ont imposé aux professeurs chargés de les mettre en œuvre. Parce qu’ils n’avaient pas le choix et qu’ils doivent préparer leurs élèves au baccalauréat, les enseignants, surtout en terminale cette année, ont investi beaucoup de temps et d’énergie afin de rendre enseignable ce programme, aidé en cela par un vif mouvement de coopération en particulier via l’association. Beaucoup n’envisageraient certainement pas facilement de « remettre ça » bientôt, serait-ce pour des programmes dont le contenu leur convient mieux.

Et pourtant, le cœur des critiques porte sur l’architecture même des programmes : cloisonnement entre sciences sociales, démarche académique portée par une « pédagogie des préalables ». Leur reconstruction est donc nécessaire.

Après avoir mis le « pied dans la porte » avec ces allégements, reste à « conclure l’affaire » des programmes et cela ne sera pas simple : comment reconstruire les programmes sans contraindre les enseignants à tout reprendre à zéro ?

Gérard Grosse
Billet publié le 11 mars 2013