Les programmes de sciences économiques et sociales entrés en application récemment (2010 pour la classe de Seconde, 2011 pour la Première et septembre 2012 pour la Terminale) ont fait l’objet de vives critiques. Pour plusieurs raisons. Travail dans l’urgence du groupe d’experts et sous la pression politique du cabinet ; séparation entre économie et sociologie, à l’encontre de ce qui prévalait antérieurement ; approche par les notions plutôt que par les thèmes ; faisant la part trop belle à la science économique orthodoxe ; et enfin indigestes du fait de leur lourdeur. Même si elles ne font pas l’unanimité, ces critiques, portées par l’Apses, ont été relayées par de nombreux universitaires, comme tout récemment encore dans une tribune libre de Libération.

Des avancées …

Contraints de « faire avec » et parfois de « contourner» le programme, les enseignants ont eu pendant longtemps l’impression de se heurter à un mur, tant de la part de l’inspection générale de la discipline, qui s’est fait le VRP de la réforme, que du ministère. Le changement politique et la ténacité de l’association ont permis des ouvertures.

Un allégement du programme de Terminale sera entrepris, mais pour l’année prochaine seulement. C’est du moins admettre que la question de la faisabilité du programme se pose.

Par ailleurs, tous les programmes devraient être repensés dans le cadre d’un Conseil supérieur des programmes qui devrait être créé et qui serait chargé d’évaluer les contenus d’enseignement, les examens ainsi que le contenu de la formation des enseignants.
L’Apses peut légitimement se féliciter, dans un communiqué que les professeurs de SES soient enfin entendus.

… Beaucoup de questions en suspens

Ces engagements sont une forme de reconnaissance de la validité de l’action opiniâtre des professeurs de SES et de leur association professionnelle. Pour autant, beaucoup de questions demeurent.

D’abord celle du baccalauréat 2013. Un sondage administré par l’Apses et renseigné en quelques jours de décembre par plus de 1000 professeurs de SES (dont 42% non-adhérents à l’association) montre que la grande majorité des professeurs sont (très) en retard dans le suivi du programme et, en conséquence, continuent à demander un allégement dès cet année. La solution pourrait résider dans la suppression de quelques chapitres du programme de l’examen à défaut de l’être du programme d’enseignement.
Deuxième question : qui allégera ce programme de Terminale l’an prochain ? Un groupe de travail est annoncé. Quelle sera sa composition, les praticiens que sont les professeurs de terrain y auront-ils toute leur place, ce qui était bien loin d’être le cas dans le groupe d’experts qui a rédigé les programmes ?
Dernière question : quand il s’agira de réviser les programmes quel sera le mandat du futur Conseil supérieur des programmes, quel seront la composition et le mandat des futurs « groupes d’experts » ? Et cette question en appelle d’autres, qui ne concernent d’ailleurs pas que les sciences économiques et sociales. Un véritable bilan de l’application des programmes antérieurs sera-t-il fait ? Ces groupes d’experts (ou autre dénomination) auront-ils le temps de travailler sereinement ? Au sein d’une série, les programmes des différentes disciplines – par exemple SES, Histoire-géographie, mathématiques, etc. – seront-ils pensés ensemble pour faciliter les complémentarités ?

Les récents engagements du ministre débloquent la situation. Plutôt qu’à la refondation des SES voulue par les groupes de pressions patronaux et orchestrée par le précédent gouvernement, il y a peut-être maintenant la possibilité d’une « réinvention » des SES. Une chance à saisir.

Gérard Grosse
Billet publié le 21 décembre 2012