Les critiques à l'encontre de ce programme émanaient tout d'abord des associations de "spécialistes" universitaires.

Et si l’Association française de sciences économiques avait semblé se satisfaire des légères modifications apportées au projet initial – peut-être afin de ne pas désavouer leur collègue Jacques Le Cacheux, président du Groupe d’experts - cela n’avait pas été le cas des autres associations.

Plus récemment, un ancien président du Groupe d’expert, Jacques Guin, a apporté sa contribution. Ses critiques sont vives et il assimile les choix faits avec ce programme à une volonté de « démembrer les SES ».

Mais c’est surtout du côté des professeurs de sciences économiques et sociales eux-mêmes et de leur association professionnelle que l’opposition était la plus résolue. Il a été reproché au programme sa lourdeur inégalée, sa « philosophie » même puisque au lieu de partir de questions qui font sens pour les élèves, il fait de l’apprentissage d’un maximum de notions l’objectif essentiel de cette année de première. Autant dire qu’il est pédagogiquement irréaliste. Il est aussi déséquilibré au profit de l’économie et aux détriments des autres sciences sociales et il fait le choix, vivement discuté, de séparer strictement les différentes disciplines de référence, comme cela se fait en histoire-géographie ou en physique-chimie, mais ce qui constitue une rupture par rapport à la façon dont les sciences économiques et sociales ont été conçues depuis 40 ans. Enfin, toujours selon l’association des professeurs de sciences économiques et sociales, il fait la part trop belle à la microéconomie et à l’économie « orthodoxe » et minore, pour ne pas dire exclut, les débats.

Ces critiques de l’association l’ont conduit à demander un « moratoire » dans l’application de ce programme (prévue à la rentrée prochaine) et sa ré-écriture. Cette exigence avait, en quelques jours en juin dernier, reçue l’appui de 2 000 professeurs de SES. Mais était restée sans réponse de la part du ministère et n’avait pas empêché la publication du programme au journal officiel.

Toujours résolue dans son opposition à ce programme, l’Apses relance aujourd’hui la pétition dont le nombre de signataires approche maintenant la moitié de la profession. Dans un communiqué de presse elle lance un appel au ministre Luc Chatel. Elle réitère sa demande « qu’un nouveau groupe d’experts élargi et représentatif de la pluralité du monde scientifique et des pratiques pédagogiques des enseignants soit constitué et que le ministère lui donne le temps indispensable à un travail de qualité. »

Le ministère est pour l’instant « droit dans ses bottes » et n’a pas fait la preuve jusqu’ici d’une grande qualité d’écoute de la profession. Devant l’opposition massive à ce programme de la part de ceux qui devraient l’appliquer, prendra-t-il le risque du « clash » que pourrait constituer un « boycott » ?

Mis en ligne le 8 novembre 2010.