Des parcours plus "flexibles" ?

La réforme du lycée comporte donc certaines mesures qui avaient déjà été annoncées : accompagnement individualisé pour tous les élèves, possibilité de réorientation en cours d’année ou à la fin de l’année de première. Cette réorientation restera sans aucun doute difficile : peut-on « rattraper » durant les vacances scolaires toute une année de cours dans une ou plusieurs disciplines ? Néanmoins, elle peut être facilitée par le caractère largement commun des enseignements de première, spécialisation moins précoce, mais aussi possibilités de « bourrer » toutes les classes !

Un rééquilibrage des séries ?

Une autre des priorités est réaffirmée, le rééquilibrage des séries, par exemple avec le « recentrage » de la S sur les matières scientifique ou l’ouverture d’options nouvelles en L, comme les « Grands enjeux du monde contemporains ». Il est possible que certaines de ces nouveautés incitent des élèves, intéressés par la poursuite d’études en sciences humaines ou en IEP (sciences Po), à choisir un bac L plutôt que ES. Mais peut-on pour autant considérer que l’un des principes fondamentaux de la réforme, le « rééquilibrage » des séries, est atteint ? c’est ce que conteste vivement Arnaud Parienty sur son blog, affirmant que « la réforme du lycée fait le contraire de ce qu’elle prétend faire ». En effet, il montre que la réforme renforce la hiérarchie des séries au profit de la S, que la classe de seconde serait une véritable seconde S et que cette série renforcerait son caractère polyvalent et donc son attractivité. Du fait de cette polyvalence, la réorientation de première L ou ES vers terminale S sera impossible compte-tenu du nombre de matières scientifiques à « rattraper » durant les vacances.

Les SES et la série ES « parents pauvres » de la réforme ?

Par contre, le ministre, en offrant à tous les lycéens de seconde un enseignement d’économie, met en conformité ses paroles et ses actes. Parmi les deux disciplines "d'exploration", les élèves devront en effet choisir l'une d'entre elle entre SES et "économie appliquée et gestion". Pourtant, cela ne suscite pas l’enthousiasme du côté des enseignants concernés, loin s’en faut. Le terme « enseignement d’économie » n’est pas entendu de la même façon par tous, ministre ou associations de professeurs.

En effet, l’Association des professeurs de sciences économiques et sociales (Apses), dont l’appel pour une généralisation des sciences économiques et sociales au lycée a déjà reçu le soutien de plus de 5 000 signataires dont plus de 700 universitaires (économistes, sociologues, politistes…) estime dans un communiqué que « les SES et la série ES paient le prix fort de la réforme du lycée ». Pour l’association, rien ne saurait justifier que les SES ne figurent (toujours) pas dans le « tronc commun » des enseignements de seconde (au même titre que les langues vivantes ou la physique-chimie, etc.) et l’horaire imparti aux enseignements « d’exploration » (dont les SES) ne permet pas un véritable apprentissage d’une discipline nouvelle. Dans le cycle terminal, l’horaire de SES baisse par rapport à la situation actuelle et est inférieur à celui de la philosophie en L ou des maths en S, les enseignements de spécialités sont aussi d’un volume horaire inférieur en ES, par rapport à ceux de S ou L. Les SES et la série ES seraient donc les « parents pauvres » de la réforme.

Au moins pourrait-on penser que l’introduction d’un enseignement d’exploration (au choix) « d’économie appliquée et gestion » en seconde trouverait des défenseurs. Mais les professeurs de communication, économie et gestion estiment par le biais de leur association que : « demander aux lycéens de seconde de choisir entre « SES » et « économie appliquée » serait une pré-orientation aggravant la sélection sociale et la hiérarchie des filières. La création d’une option « économie appliquée » serait une négation de la démarche intellectuelle qui fonde l’identité de nos sections (technologiques tertiaire). L’APCEG demande que l’option « sciences économiques » en seconde soit unique. .. ». Ajoutons que le projet de réforme est fort peu loquace concernant la filière technologique.

A noter encore que, quoique cela ne figure pas dans le document du ministère, il a été affirmé oralement que les élèves choisissant des options facultatives de trois heures (latin, arts ou grec) seront dispensés des enseignements d’exploration… donc de suivre un enseignement d’économie !

Pour connaître le détail de la réforme : http://media.education.gouv.fr/file/11_novembre/06/8/Conference_de_presse_lycee_127068.pdf

Billet publié le 22 novembre 2009