À vouloir tout mesurer en dollars, le projet aboutit à des résultats aberrants si toutefois on veut faire de l’IWI, ce que le rapport défend, un indicateur global de « soutenabilité ». Avec l’IWI, le pays qui détient le plus haut taux de croissance de sa soutenabilité globale est… la Chine. Et tous les pays riches évoluent paisiblement vers la soutenabilité globale, y compris les Etats-Unis. Or on sait que, pour ces pays et pour bien d’autres, tous les vrais indicateurs de pression écologique et de santé sociale sont dans le rouge et reflètent une dégradation considérable.

Comment les auteurs parviennent-ils à de tels résultats ?

D’abord par des méthodes très discutables survalorisant fortement les « prix fictifs » des ressources potentiellement marchandes (extractives par exemples) et du « capital humain », au sens des économistes. 90 % de la richesse totale du Royaume-Uni serait ainsi constituée de son « capital humain », et 78 % pour les Etats-Unis. À l’inverse, la part des richesses naturelles dans le patrimoine IWI du Royaume-Uni ne serait que de 1 % (1,5 % pour la France) !

Ensuite, cette méthode suppose explicitement la possibilité de compenser n’importe quelle dégradation du « capital nature » par la progression du capital humain ou du capital productif. Cela revient à négliger les seuils critiques de dégradation de l’environnement.

Enfin, et c’est encore plus grave, ces calculs excluent totalement aussi bien les inégalités que les risques écologiques majeurs : « la régulation du climat, celle des inondations, les sols fertiles, la biodiversité, l’eau potable, etc. Ils n’ont pas été retenus dans cette mesure de la richesse » (p. 62).

Tout ce qui compte le plus sur le plan écologique n’entre pas dans les calculs ! La raison avancée pour cette mise à l’écart ? Cela « défie aussi bien la mesure que l’hypothèse de la substitution des « capitaux »…

Oui, et c’est bien pour cela que l’humanité et les Nations ont besoin avant tout d’un nombre très limité d’indicateurs écologiques, sociaux et d’émancipation humaine, transparents, élaborés avec la participation de la société civile, capables de les guider dans une transition urgente vers un autre modèle de civilisation. Il en existe déjà, mais ils ne consistent pas à tout mesurer en dollars.

Contacts : jean.gadrey@univ-lille1.fr, florence.jany-catrice@univ-lille1.fr (coprésidents de FAIR)

Mis en ligne le 29 juin 2012.

Lire aussi, une analyse de l'IWI sur le blog de Jean Gadrey.