Sollicités par des professeurs de SES, des dizaines de parlementaires ont déjà déposé depuis plusieurs mois des questions écrites concernant les sciences économiques et sociales ou la série E.S. La dernière en date, par exemple, celle du sénateur PS jean-Luc Fichet. La réponse du ministre Luc Chatel est invariable : tout va bien, la réforme du lycée constitue un progrès pour l’enseignement de l’économie.

La réduction des horaires d’enseignement en seconde comme dans le cycle terminal (8 heures d’enseignement de la philosophie en L ou de sciences en S contre 5 heures de SES en terminale E.S. ; des enseignements d’approfondissement dont l’horaire est de 3 heures en L, 2 heures en S et seulement une 1 heure 30 en ES) invalide à elle seule le propos.
Mais la réforme du lycée pose des questions plus générales. Comme le déplore Arnaud Parienty sur son blog, « c’est ainsi la première fois qu’une importante réforme des lycées est faite uniquement par décret, sans passer devant le Parlement ». C’est ce qui avait conduit l’Apses à lancer, au début de ce mois, un appel solennel aux représentants de la Nation concernant leur discipline et la série économique et sociale, appel qui avait été adressé individuellement à tous les parlementaires.
Mais des initiatives plus générales émergent. Le 7 avril, Brigitte Gonthier-Maurin, Sénatrice des Hauts-de-Seine (groupe communiste, républicain et citoyen) a réuni au Sénat les associations de professeurs d’histoire-géographie, de sciences économiques et sociales et d’économie-gestion pour une conférence de presse commune. Les participants, parmi lesquels on comptait aussi les présidents de l’association française de sociologie et celui de l'Association des Enseignants Chercheurs en Science Politique, sont tombés d’accord pour dénoncer l’absence de débat parlementaire, la précipitation dans l’élaboration des programmes, le défaut de réflexion en amont sur les objectifs de la réforme en termes de formation et d’égalité des chances. C’est ce qui est repris dans un communiqué commun, qui annonce par ailleurs le dépôt d’une question orale au ministre de l’Education nationale dans les semaines à venir.
Eclipsée par d’autres sujets, violence à l’école, rythmes scolaire, formation des maitres, la réforme du lycée se met en place, souvent à marche forcée, mais dans la discrétion. Les enjeux ne sont pourtant pas négligeables et il est bon que le politique s’en mêle.

Billet publié le 22 avril 2010