EXTRAIT DE L'INTRODUCTION

Discourir sur la pauvreté et les inégalités, dans nos sociétés contemporaines, débute souvent par un chiffrage. Ce processus de quantification incarne en quelque sorte la représentation qu’une société a d’elle-même, et la façon dont elle légitime son projet social, mais aussi ses richesses. Cette représentation est évolutive, et au sein même de chaque société, la place de l’Etat et son rôle, des individus, de leur rôle, en particulier à l’égard de la pauvreté et des inégalités est changeante.

Alors même que sa mesure fait l’objet de controverses, les données de l’enquête barométrique1 de la DREES indiquent que la pauvreté est la première cause de préoccupation personnelle pour 93% des personnes interrogées, et la seconde, juste derrière le chômage, des préoccupations « pour la France ». La pauvreté et les inégalités, qu’on cerne mal, inquiètent donc pour soi, et pour les autres. Leur mesure et leur traitement s’installent dans les débats politiques et citoyens, et apparaissent indissociables d’un projet de société.

Pour autant, les repérer et les mesurer demeurent un exercice périlleux : parler, mesurer, estimer, présenter la pauvreté et les inégalités se pose tout à la fois comme une question importante pour les politiques et les citoyens, mais aussi comme une variable qui ne « va pas de soi » pour les chercheurs. Elle manque d’univocité, ce qui est tout à la fois une richesse pour son analyse, mais rend délicates les mesures.

Projet du Nord - Pas de Calais :

L’étude que nous présentons ici, et les indicateurs qui en sont issus, s’inscrivent dans un plus vaste mouvement, initié par le Conseil Régional du Nord - Pas de Calais, d’élaboration, de diffusion et d’utilisation d’indicateurs synthétiques visant à doter les institutions d’outils d’évaluation du progrès environnemental, social et humain mais aussi à nourrir le débat public.

L’approche adoptée a consisté à s’appuyer sur un indicateur synthétique imaginé par des collectifs (le baromètre des inégalités et de la pauvreté Bip40, voir http://www.bip40.org), et à l’appliquer à la réalité du Nord - Pas de Calais. Il part de la conviction assez largement répandue que les inégalités et la pauvreté ne peuvent faire l’économie d’une représentation multidimensionnelle. Le recours à une ou deux variables monétaires est au minimum réducteur, du multiple regard qu’il est nécessaire de poser sur les inégalités et la pauvreté.

Il part aussi de l’idée que les évaluations du progrès sociétal nécessitent tout à la fois des regards diachroniques et des comparaisons entre sociétés. Par sa méthodologie, inspirée de l’Indicateur de Santé Social (ISS)2 , le Bip40 permet tout à la fois de porter un jugement sur l’évolution des performances dans le temps, mais aussi, potentiellement, entre territoires. Dans cette étude, nous nous bornerons à la comparaison des performances de la région Nord - Pas de Calais à l’aune de celle de la France, mais espérons vivement que ces productions donneront l’envie à d’autres régions de se lancer dans ce projet.

Pour de nombreuses raisons sur lesquelles nous aurons l’occasion de revenir tout au long de cette étude, l’indicateur que nous avons construit, reflet de l’évolution des inégalités et de la pauvreté dans le Nord - Pas de Calais, s’inspire largement du baromètre Bip40 mais n’en est pas sa déclinaison purement régionale.

Nous présenterons trois variantes de l’indicateur synthétique.

  • Un indicateur réduit. A partir des 45 variables renseignées de la base de données régionales construites pour l’occasion, cet indicateur est fidèle aux pondérations du baromètre national, mais le taux de couverture de collecte des variables régionales est de 75%, le projet national en comportant 60.
  • Un indicateur régionalisé. Ce baromètre contient les 60 variables du Bip40, dont 75% sont des données régionales. Les quinze variables manquantes ont été remplacées par leur proxy national. Sur son contenu, il est donc certainement le plus proche du projet initial. Mais l’hybridation de données régionales et nationales, bien qu’intéressante, rend son interprétation parfois délicate.
  • Un baromètre régional. Tenant compte dans la mesure du possible des grandes dimensions des inégalités et de la pauvreté, mais aussi des pondérations qui lui ont été affectées dans le projet initial, ce baromètre régional offre l’avantage de la souplesse puisqu’il ne retient que 29 variables. Ces variables ont été choisies conjointement par les auteurs de l’étude et par le groupe de suivi du Conseil Régional composé de membres de la Direction du Développement Durable de la Prospective et de l’Evaluation (D2DPE) à la fois pour leur pertinence, mais aussi pour leur rapide mise à disposition. C’est ce baromètre ainsi construit qui pourrait faire l’objet de comparaisons interrégionales si d’autres régions s’appropriaient ce projet d’indicateur synthétique.

La présentation de ces multiples variantes a pour objectif, dans le prolongement du souhait du Conseil Régional et des auteurs de l’étude, de susciter le débat, voire les controverses, sur le sens et le contenu de la santé sociale à une échelle régionale ou infrarégionale.

L'étude est téléchargeable ci-dessous :