Parlant des sciences expérimentales et de l’histoire-géographie, le ministre se défend d’avoir voulu les exclure du futur « tronc commun » (« enseignements généraux ») en classe de seconde car « ces deux champs disciplinaires sont absolument essentiels à la formation du jugement et à la compréhension du monde par les élèves et c’est la raison pour laquelle ils figurent parmi les enseignements généraux que devront suivre tous les élèves de la nouvelle seconde ». Soit, mais les sciences économiques et sociales, elles, ne figureraient pas dans ces enseignements généraux. On en déduit logiquement qu’elles ne sont pas « absolument essentielles à la compréhension du monde par les élèves ».

Aujourd’hui, dans les lycées généraux, où les lycéens peuvent-ils trouver des explications à la crise financière et aux interrogations qu’elle suscite sur la mondialisation, le fonctionnement des marchés, les politiques économiques et le rôle de l’Etat, etc., si ce n’est en cours de sciences économiques et sociales. C’était la même chose hier pour la question de la réforme des retraites ou de la politique fiscale. C’est toujours le cas pour l’étude des conséquences écologiques de la croissance économique. Il ne serait donc pas « essentiel » d’apporter aux élèves des clés de compréhension de ces phénomènes ? D’ailleurs, la presse ne s’y est pas trompée, qui, pour voir ce que les élèves pouvaient apprendre de la crise financière, est justement allée enquêter dans les cours de SES, comme Le Monde ou France Culture. Ce refus de reconnaitre aux sciences économiques et sociales une légitimité sociale (contribution à la formation du citoyen) et scientifique (contribution à la formation intellectuelle) équivalente aux autres disciplines telles que l'histoire-géographie, les langues vivantes, les sciences expérimentales, etc., est proprement incompréhensible.

Autre incohérence : le ministre Darcos avait témoigné de sa satisfaction après la publication du rapport d’audit sur l’enseignement des sciences économiques et sociales mené par la commission présidée par Roger Guesnerie. Il avait alors déclaré que la réforme du lycée tiendrait compte de ses conclusions. Or parmi les principales préconisations du rapport figure celle de la généralisation de l’enseignement de sciences économiques et sociales en classe de seconde. On en est loin, puisqu’il ne figure donc pas dans les enseignements généraux et, qu’en plus, il vient en concurrence, parmi les enseignements de découverte ou d’approfondissement – dont les élèves doivent choisir quatre modules semestriels – avec une vingtaines d’autres disciplines, y compris des matières déjà présentes dans les enseignements généraux. Bien loin d’une généralisation, c’est une diminution très sensible qui est à craindre pour cet enseignement qui, actuellement, est suivi par environ 40 % des élèves de seconde générale et technologique.

Dernière incohérence : l’un des objectifs proclamé de la réforme est de « permettre à chaque élève de mieux choisir son orientation ». Comment les élèves pourraient-ils choisir de façon raisonnée le parcours « sciences de la société » (l’un des quatre « parcours » prévus en première et terminale par la réforme) s’il n’a pas suivi de module de sciences économiques et sociales en seconde ?

En ce qui concerne l’enseignement des sciences économiques et sociales, ce premier cadrage de la réforme du lycée laisse pour le moins perplexe. On doit souhaiter que le ministère revoit rapidement sa « copie ».

Gérard Grosse

Mis en ligne le 22 octobre 2008.