Les sciences économiques et sociales


Le projet de programme de SES présenté en janvier dernier avait fait l’objet de critiques très vives. D’abord sur la procédure d’élaboration où la « main invisible » du cabinet du ministre avait imposé des choix très discutables. Sur le contenu lui-même qui apparaissait comme doublement déséquilibré : dimensions sociales et sociologiques minorées, références économiques d’orientation exagérément néoclassique. Il a aussi été décrié comme faisant fi des questions « vives » (le chômage par exemple) au profit de la « technique » (coût marginal, élasticité). Enfin les objectifs plus proprement pédagogiques (savoir faire, compétences) étaient absents.

La nouvelle version des programmes prend en compte une bonne partie des critiques émanant soit des associations de spécialistes du supérieur, soit et surtout, de l’APSES.

Philippe Watrelot, professeur de SES et président du Crap-Cahiers Pédagogiques s’est livré à une comparaison minutieuse des deux moutures du programme. Voici ce qu’il en ressort:

Dans le préambule, un nouveau paragraphe annule la note de fin du précédent programme qui indiquait "on traitera au moins les dix premières questions". Ici on insiste sur la liberté pédagogique et on précise que les enseignants "traiteront obligatoirement la première question de chacun des cinq thème et au moins huit questions sur les dix proposées." Cette nouvelle formulation évite la marginalisation de la sociologie.

A la fin du programme, on retrouve des "savoir-faire applicables à des données quantitatives" (qui existaient déjà dans le programme actuel). La notion d’élasticité qui disparait des notions du programme revient ici par la bande.

Dans l'organisation générale du programme on passe de 4 chapitres composés de 3 items chacun à cinq chapitres de 2 items chacun. Les trois premiers chapitres restent les mêmes. Le dernier disparaît au profit de deux chapitres nouveaux : "Formation et emploi", où est réintroduite la notion de chômage, et "Individus et cultures".

Des items disparaissent : “Consommer ou épargner", "comment les entreprises adaptent-elles leur organisation à leur environnement ?", "Prix qui montent, prix qui baissent: comment expliquer les variations de prix ?"

Des notions apparaissent : l’emploi, la valeur ajoutée, le progrès technique, et enfin la notion de "pouvoir d'achat" chère à notre Président ! Ces notions figurent toutes dans l'ancien (actuel) programme. Cela fait d'ailleurs ressembler de plus en plus ce projet à l'actuel programme de SES, la famille en moins, le marché et la culture en plus.

Enfin certaines incohérences du projet initial sont gommées, comme celle qui, à propos des marchés, entretenait la confusion entre marché concret et modèle.

Compromis entre le projet initial du groupe d’expert et celui proposé par l’APSES, cette nouvelle mouture reçoit un accueil plutôt favorable de l’association. Sylvain David, son président déclare à l’agence spécialisée AEF : « Au final, il y a des avancées, mais on a perdu beaucoup de temps à cause des interventions du cabinet du ministre (…) il y a un peu plus de latitude pour les collègues, le nombre de thèmes à traiter ayant été réduit ». Pour autant, ajoute-t-il : «  Il reste dans ce programme de fausses questions et une vraie régression quant au traitement de l'entreprise ». En effet, cette dernière n’est envisagée que sous son aspect économique mais pas en tant qu’institution sociale. D’autres critiques regrettent que la famille en tant que telle soit évacuée ou que le marché ne soit présenté que sous un aspect stylisé, en dehors des stratégies d’entreprises.

Les principes fondamentaux de l’économie et de la gestion


De manière quasi concomitante avec la présentation des programmes remaniés par le ministère, l’association des professeurs d'économie-gestion (APCEG) faisait connaitre ses propositions de modification du programme initial. Il est donc possible de comparer le nouveau projet ministériel avec l’ancien et avec les propositions des professeurs de l’association. A noter d’ailleurs que, parmi les professeurs d’économie-gestion des points de vue un peu différents se sont exprimés. Par exemple, pour le SNES, Sylvie Obrero estime que le programme de PFEG (première mouture) est inacceptable « car il est vidé d’une approche technologique et d’une exploration possible des différents champs technologiques tertiaires».

De la première comparaison, entre les deux versions du projet ministériel, il ressort assez peu de changements dans les thèmes ou les notions. Le principal : l’introduction de l’item « Développement durable : contrainte ou opportunité pour l’entreprise ? », qui correspond à une proposition de l’association, et plutôt bien venu au moment où l’abandon de la taxe carbone rencontre l’adhésion enthousiaste du patronat.

Les indications complémentaires qui précisent la façon d’aborder les sujets du programme, ont été plus retravaillées, en général pour préconiser l’appui sur des exemples « tirés de l’environnement immédiat de l’élève » ou à recommander l’étude d’un « marché d’un produit donné familier des élèves », etc. A noter également l’ajout de références au droit du travail, ce qui va dans le sens des demandes de l’APCEG.

Par rapport à la version initiale, en offrant des possibilités de choix, le nombre d’items à traiter passe de onze à huit alors que l’association demandait qu’il soit réduit à six. D’une façon générale, les différences entre les versions un et deux du programme ministériel sont modestes et les propositions de l’APCEG sont assez peu reprises. En particulier la partie sur « l’entrepreneuriat » dont l’enseignement aurait permis de mettre en œuvre des démarches pédagogiques plus innovantes. Autre proposition non retenue dans le projet officiel, deux items correspondant à des vraies questions : « L’entreprise a-t-elle une responsabilité sociale ? » et « L’homme est-il une richesse ou un coût pour l’entreprise ? »

Aussi, même si elle se félicite de la réduction du nombre de thèmes à traiter et des possibilités de choix ainsi que des quelques modifications apportées, Sylvie Cordesse-Marot, présidente de l’APCEG, ne peut cacher sa déception. En particulier parce que ce programme n’est en rien une introduction aux enseignements de gestion. On se contente d’y « repérer » les différentes fonctions de l’entreprise (en oubliant comptabilité et finance !) sans permettre aux élèves de comprendre les différents domaines de la gestion des entreprises et organisations.

Les conditions d’enseignement


Alors, contents les « profs d’éco » ? Eh bien non !

D’abord, les changements de programme apportés semblent encore trop modestes, du moins en éco-gestion.

Ensuite, il faut remarquer le peu de cas fait des questions pédagogiques ou des objectifs en termes de compétences dans les programmes des deux enseignements, SES comme PFEG. Pourtant le projet de l’APSES, comme celui de l’APCEG insistaient tous les deux sur ces aspects. Décidément, la voix du « terrain », des praticiens, a bien du mal à se faire entendre. La composition des groupes d’experts, avec un seul professeur de lycée sur six membres montrait bien le peu de crédit accordé à l’expérience.

Enfin et surtout, les structures du lycée « Chatel », tout en rendant obligatoire au moins un enseignement « d’économie » en seconde, réserve un sort peu enviable à ceux-ci.

L’horaire, une heure trente hebdomadaire, le plus souvent en classe entière – bien souvent 35 élèves en seconde – rendra impossible les pédagogies actives, pénalisera l’apprentissage des élèves et alourdira les services des professeurs en multipliant le nombre de classes dont ils auront la charge. Dans ces conditions, les classes de seconde vont être la « patate chaude » que vont chercher à se refiler les professeurs et qui échoiront aux derniers arrivés : titulaires remplaçants (TZR), vacataires ou stagiaires. Aussi APSES comme APCEG réclament-elles un horaire plus important et/ou des dédoublements.

En dépit de la diminution du nombre de thèmes à traiter résultant de la possibilité de choix laissés aux enseignants dans la nouvelle version des programmes, leur nombre demeure trop élevé. Quatre-vingt-dix minutes hebdomadaires durant trente-six semaines, cela fait cinquante-quatre heures d’enseignement. Théoriquement. En fait beaucoup moins (évaluations, jours fériés, conseils de classe, etc.), soit au mieux cinq heures par thème alors qu’il en faudrait certainement le double. Pensons par exemple aux thèmes « Quel est le rôle économique de l’Etat ? » (PFEG) ou «Comment les revenus et les prix influencent-ils les choix des consommateurs ? » (SES). Il faudra donc soit réduire le nombre de sujets, soit se contenter d’un simple « butinage ».

Cela renvoie au statut de ces enseignements. Contrairement à d’autres « enseignements d’exploration » qui s’appuient sur des disciplines enseignées par ailleurs, SES et PFEG sont des disciplines en elles-mêmes, qui plus est nouvelles pour des élèves venant du collège. Et appelées à devenir centrales dans le cycle terminal pour les élèves qui iront en ES ou en STG.

Alors, économie pour tous en seconde ? Certes, mais il en est des disciplines scolaires comme des animaux de la ferme, certaines sont plus égales que d’autres !

Gérard Grosse

Billet publié le 25 mars 2010

P.S. En fichiers joints, les communiqués des deux associations où on trouvera plus que des points communs. Signalons aussi que l'APSES appelle à un rassemblement mercredi 31 mars, à Paris, square Boucicaut à 13 heures.