En effet, on y trouve réaffirmé un fort besoin d’information et de formation économique. S’en dégage aussi, de la part des Français, une assez claire conscience des enjeux économiques et sociaux du moment.

Les trois-quarts des personnes interrogées (et même 85 % des étudiants) estiment « qu’on a de plus en plus besoin de connaissances en économie pour réussir dans la vie » et la même proportion que, par contre, l’information est trop peu accessible et compréhensible. Plus généralement, c’est pour « mieux comprendre le monde actuel » qu’une meilleure compréhension de l’économie semble souhaitable. Ainsi, les deux-tiers des Français s’estiment mal informés sur ces questions. La source principale de leur information (la télévision pour les trois-quarts d’entre eux) n’est peut-être pas étrangère à ce sentiment.

Des Français mal informés ?

Pour s’en tenir à la crise actuelle, le déficit d’information ressenti concerne surtout ce qui peut le plus directement toucher les personnes : la situation des entreprises, celle des banques. Les autres préoccupations (comprendre les « mécanismes » économiques par exemple) sont plus lointaines, probablement parce que l’économie comme discipline apparait trop complexe, éloignée de la vie concrète. D’où l’attente de plus de pédagogie de l’économie : langage accessible, sujets plus quotidiens, programmes scolaires plus ancrés dans la réalité. La très forte majorité des personnes interrogées (85%) est favorable à la généralisation d’une initiation à l’économie pour tous les élèves du secondaire. On sait que la réforme du lycée va à l’encontre de ce souci.

Des Français pessimistes ou réalistes ?

Soixante-et-onze pourcent estiment que la situation matérielle des enfants d’aujourd’hui sera moins bonne que celle des générations antérieures. Des Français pessimistes, mais réalistes aussi. Majoritairement, ils pensent que la crise actuelle aura un impact sur leur situation. Et leur vision pessimiste n’est certainement pas étrangère à la stagnation, voire la baisse du pouvoir d’achat des plus pauvres et à l’accroissement des inégalités, confirmé par les plus récentes statistiques de l’Insee, qui prennent en compte une partie des revenus financiers.

Ce que rejettent les Français, ce n’est pas l’entreprise, le marché, la concurrence. Ce n’est pas non plus, d’ailleurs, l’Etat ou le syndicalisme. Mais c’est la domination de la finance dans la mondialisation. Vis-à-vis de quelles notions la chute de confiance est-elle la plus forte depuis 2002 ? L’euro (- 44 points), la Bourse (- 38), les stock options (- 36) et les fonds de pension (- 31). Est-ce irraisonné ?

En bref, l’entreprise et le marché, oui, le capitalisme financier, non. S’ils sont 70% à faire confiance aux entrepreneurs, ils ne sont plus que 36% quand il s’agit des patrons des grandes entreprises. Finalement, les Français ne sont pas si ignorants en matière d’économie, puisqu’on retrouve là des distinctions chères à Fernand Braudel ou à Joseph Schumpeter. Et, s’ils n’accordent peut-être pas leur confiance à messieurs Pébereau et Ghosn, ils l’accordent toujours à leur « boucher, à leur marchand de bière ou à leur boulanger » !

Article mis en ligne le 4 décembre 2008