Le secteur ne connaît pas la crise, avec une hausse de ses encours de 31% par rapport à 2009. L’épargne solidaire pèse aujourd’hui 3,15 milliard d’euros. Cette poussée s’explique en bonne partie par l’obligation légale pour les entreprises de présenter depuis janvier 2010 au moins un fonds solidaire dans les dispositifs d’épargne salariale, qui représentent aujourd’hui la moitié des encours de la finance solidaire. Natixis (épargne salariale) et le crédit coopératif (épargne bancaire) en collectent à eux seuls plus de 50 %.

Finansol propose depuis 1997 un « label » pour les placements attestant de leur caractère solidaire à partir de certains critères : 5 % à 10 % (1) de l'épargne collectée doit financer des activités solidaires, 25 % du revenu de l'épargne doit être reversé à des organismes solidaires. L'organisme gestionnaire de l’épargne doit en outre en informer clairement ses souscripteurs. A l’heure actuelle, 123 placements ont été labélisés. Le baromètre est la seule source permettant de recenser et de comptabiliser l’ensemble de ces nouveaux modes d’épargne.

Ces fonds pèsent pour moins d’un millième de l’épargne en France (pays pourtant le plus avancé en la matière en Europe). On estime par ailleurs entre 400 000 et 700 000 le nombre de salariés ayant fait le choix d’épargner solidaire via leur entreprise, pour 12 millions potentiels. Selon le baromètre, 53 % des Français n’en ont jamais entendu parler, ne serait ce que de nom. La route est donc encore longue, mais libre, pour une épargne solidaire importante en France. En attendant, elle est « une goutte d’eau qui fait tâche d’huile », selon François de Witt, président de Finansol. Et qui grossit chaque année.

Finansol a travaillé depuis 2008 sur un guide explicatif à destination des salariés épargnant via leur entreprise, publie tous les deux ans un guide plus général en partenariat avec Alternatives Economiques qui passe au crible tous les placements solidaires et, enfin, organise chaque année une semaine de la finance solidaire, faisant le pari de l’information pour convaincre les Français de souscrire à ces fonds. « Au-delà de la question de la performance, c’est la connaissance de ce qu’est la finance solidaire et de ce qu’elle permet de financer qu’il est nécessaire d’améliorer pour convaincre plus de Français et le plus d’épargnants », affirme Sophie Des Mazery, directrice de l’association. Une performance qui varie beaucoup (de 0 à 10 %) selon le type de produits labélisés : entre le militant qui, via les financeurs solidaires, ne recherche pas en premier lieu la rentabilité, et le salarié hésitant, pour qui la rémunération doit être comparable à celle d’un fond classique.

De nouveaux secteurs d’investissement naissent pour les fonds (tourisme social, service à la personne…), et tous les produits de finance solidaires (épargne bancaire, épargne salariale, financeurs solidaires) sont également concernés par la montée du baromètre, ce qui témoigne d’une dynamique globale à l’œuvre dans la société française. De la même manière, Novethic, filiale de la Caisse des Dépôts qui s’intéresse à l’ISR (investissement socialement responsable, prise en compte des critères dits « extra-financiers » par les investisseurs) enregistre une hausse très sensiblement égale des encours de son marché.

Côme Bastin

(1) Les fonds type OPCVM ne peuvent légalement pas contenir plus de 10% d’entreprises non cotées.

Mis en ligne lundi 30 mai 2011.