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Carnet rose : naissance de l’Association Française d’Economie Politique
Il est probablement un peu prématuré de parler de naissance, mais au moins de gestation. Le 20 octobre dernier était publié une « lettre ouverte à tous les économistes insatisfaits de l’orientation académique et intellectuelle de leur discipline » qui proposait la création d’une « association française d’économie politique », qui alimente déjà un site. Pourquoi cette nouvelle association ?
Il existe déjà depuis 1950 une association professionnelle d’économistes, qu’ils soient universitaires ou travaillent en entreprise ou dans les administrations : l’Association Française de Science Economique dont l’actuel président est André Cartapanis. La « petite nouvelle » n’entend pas s’opposer à l’AFSE, mais néanmoins s’en différencier. Les mots parlent d’eux-mêmes : il s’agit de se situer dans la lignée de « l’économie politique » plus que de la seule « science économique ». De s'inscrire dans les courants qui, d'Adam Smih à Amartya Sen en passant par Marx, Keynes ou Hayek insèrent l’analyse économique dans une réflexion plus large de philosophie politique.
L’association se veut fédératrice des différents courants de l’économie « hétérodoxe » ou « critique » : théories post-keynésienne, marxiste, régulationniste, économie des conventions, etc. Son bureau provisoire reflète cette diversité : le président André Orléan est conventionnaliste, les deux vice-présidents sont l’un post-keynésien (Edwin Le Héron) et l’autre régulationniste (Agnès Labrousse) et le secrétaire, Bruno Tinel, peut être considéré comme néo-marxiste. La « lettre ouverte » plaide pour un pluralisme des « problématiques, des référentiels théoriques et des méthodologies », contre l’hégémonie de la science économiques « main stream ». Pour une économie politique ouverte aux débats et confrontations, à la réflexion critique, à l’éclectisme.
Parmi les préoccupations à l’origine de ce regroupement, l’inquiétude devant l’appauvrissement des enseignements d’économie à l’université et, en conséquence, la difficulté à attirer les étudiants. En mai 2000, des étudiants en économie avaient publié un « Manifeste pour une réforme de l'économie » qui dénonçait déjà la sclérose de l’enseignement de l’économie, comme le rappelle, sur ce site, l’article « L'enseignement de l'économie au péril de la crise ». Il s’en était suivi un rapport de Jean-Paul Fitoussi , L’enseignement supérieur des sciences économiques en question, Fayard 2001, et quelques réformes des premiers cycles dans certaines universités. Mais le bilan est modeste.
Cette nouvelle initiative aura-t-elle plus d’effet sur les orientations de la recherche en économie et sur les études supérieures d’économie ? Premier élément de réponse le 17 décembre avec la première assemblée générale de l’AFEP.
Billet publié le 28 novembre 2009
