Dès l’été 2007, les sciences économiques et sociales avaient fait l’objet d’attaques du ministre Xavier Darcos sur les débouchés de cet enseignement et celles de certains milieux patronaux sur les contenus des programmes. En était résultée la réunion d’une commission d’audit présidée par Roger Guesnerie, dont le rapport, tout en proposant d’importantes modifications de cet enseignement en préconisait la généralisation aux lycéens. Depuis plus de quinze ans, l’APSES réclamait que les sciences de la société fassent partie des enseignements obligatoires des lycéens de seconde. Parce que cela doit faire partie de la culture commune aujourd’hui mais aussi afin de pouvoir opérer des choix plus raisonnés d’orientation.

Le projet de réforme du lycée, et en particulier de la classe de seconde, a fait l’effet d’une douche froide. En effet, les SES ne faisaient pas partie des « enseignements fondamentaux ». Considéré comme un enseignement d’exploration et mis « en concurrence » avec plus d’une quinzaine d’autres modules – dont des modules d’approfondissement de disciplines du « tronc commun » - sa marginalisation était certaine.

Les professeurs de SES, déjà sur la brèche depuis les attaques de l’année précédente, n’ont pas tardé à réagir : campagne dans les médias, forte participation à la manifestation des personnels de l’éducation nationale le 19 octobre, manifestation nationale d’environ 1500 professeurs de SES le 3 décembre, suivi d’un meeting à la Bourse du travail à Paris. Appel pour la défense des SES, soutenu par la plupart des syndicats enseignants et organisations de lycéens, qui a recueilli à ce jour plus de 16 000 signatures. La mise à l’écart des sciences économiques et sociales en ces temps de crise économique et financière n’a pu que soulever l’incompréhension, provoquant une déclaration commune à l’APSES et aux organisations professionnelles d’économistes, sociologues et politistes.Il se murmure même que l'Elysée n'aurait pas été insensible au paradoxe de la situation.

Une interview de Xavier Darcos au Journal du Dimanche annonce que, finalement, les sciences économiques et sociales feront partie du tronc commun. Belle victoire pour les professeurs de SES !

Pour autant, nombre d’interrogations demeurent. Il semble que le programme sera bien des sciences économiques ET sociales, conjonction pour laquelle les professeurs de SES étaient « prêts à se battre », et non de l’économie comme cela avait été évoqué un moment et qui aurait mieux correspondu aux vœux du Codice par exemple. Mais s’agira-t-il d’étudier des thèmes (l’emploi, l’entreprise, etc.) ou bien d’enseigner l’économie et la sociologie ? La contrepartie de la présence dans le tronc commun sera un horaire réduit, probablement 1h30 hebdomadaire, ce qui ne manquera pas d’avoir des conséquences pour le service des enseignants et le contenu des enseignements. Ces cours auront-ils lieu en classe entière ou, pour partie au moins, en groupe plus restreint, afin de faciliter l’apprentissage des méthodes, en particulier statistiques ? Il est prévu que les élèves qui le souhaiteraient puissent choisir un module d’approfondissement complémentaire. Comment s’opérera le partage des contenus entre enseignement de tronc commun et module d’approfondissement ?

Au-delà, deux questions plus générales se posent. Quelle sera l’architecture générale du « cycle terminal » (classes de première et terminale) ? L’hypothèse de « parcours identifiés », humanités, sciences, sciences de la société, technologies, semble confirmée, mais on n’en sait pas plus. Et le paradoxe d’une réforme qui semble ne pas savoir où elle mène (quel cycle terminal, quel baccalauréat ?) demeure. D’où la dernière interrogation. Quel sera l’avenir de cette réforme du lycée, son application précipitée à la rentrée prochaine sera-t-elle maintenue ?

Mis en ligne le 15 décembre 2008.