Créée par la loi de modernisation de l’économie du 4 août 2008 et mise en place en juin dernier, l’Autorité de la statistique publique vient de remettre son premier rapport annuel. Son objectif : « veiller aux principes d’indépendance professionnelle dans la conception, la production et la diffusion de statistiques publiques ainsi qu’aux principes d’objectivité, d’impartialité, de pertinence et de fiabilité des données produites. » Ces principes ont-ils été respectés en 2009 ? Oui, à en croire la nouvelle Autorité qui délivre une bonne note à la statistique publique. Le système statistique a notamment su faire preuve de « réactivité » face aux deux enjeux qui ont marqué l’année passée : la crise économique et la montée en puissance des politiques de développement durable.

Concernant les indicateurs conjoncturels, l’Autorité considère qu’ils ont « largement contribué à éclairer la situation économique et sociale de la France, malgré une conjoncture de crise ». Elle n’élude cependant pas les débats qu’ils ont pu susciter, en faisant notamment référence à une table ronde organisée par l’Idies lors de ses deuxièmes rencontres annuels à Lyon, en novembre dernier. Elle tire comme enseignement de cette table ronde la nécessité pour la statistique publique d’accroitre sa capacité de diagnostic et d’anticipation en période de crise.

Autre indicateur critiqué en 2009 : les données qui concernent le marché du logement. Si la pertinence de l’indice des prix des logements anciens ne peut pas être remise en cause, l’Autorité reconnaît néanmoins qu’il doit gagner en célérité, en visibilité et assurer une meilleure couverture des marchés locaux. Quant aux estimations provisoires d’emplois, un groupe de travail associant l’Insee, la Dares, l’Acoss et Pôle emploi a été mis en place pour en affiner la mesure. Enfin, si les chiffres du chômage sont toujours contestés, cela est dû à un manque de communication, affirme l’Autorité. Elle souligne par ailleurs les réels efforts mis en œuvre par la statistique publique pour améliorer la mesure du chômage et de son « halo ». Efforts que l’Idies avait également soulignés dans sa note de travail n°5 sur « Les nouveaux chiffres des demandeurs d’emploi ».

Au-delà de la conjoncture, le rapport juge que la statistique publique a été capable de répondre aux nouvelles demandes qui lui ont été adressées. En témoigne la création de nouveaux indicateurs de développement durable ou la mise en place d’un plan d’action pour répondre aux recommandations de la commission Stiglitz sur la mesure de la performance économique et du progrès social. Des évolutions ont aussi eu lieu sur le terrain sensible du pouvoir d’achat et de la consommation. En cause, notamment, l’utilisation de moyennes dans lesquelles les citoyens ne se reconnaissent pas. Or, la statistique publique offre désormais « un regard plus diversifié » sur ces thématiques-là :

« La notion de dépenses « pré-engagées » est désormais intégrée aux indicateurs de pouvoir d’achat et de consommation. Elle identifie les dépenses sur lesquelles les ménages ont peu de prise, au moins à brève échéance, car réalisées dans le cadre d'un contrat difficilement renégociable : logement, assurance, cantine, services financiers… Le pouvoir d’achat est ainsi désormais estimé en fonction du revenu arbitrable, plus proche de la perception. »

Si la statistique publique semble avoir bien réussi son premier examen en 2009, l’Autorité émet des réserves pour l’avenir. Elle s’inquiète notamment des demandes croissantes exercées par les institutions européennes qui pourraient avoir un impact sur la réactivité aux besoins nationaux. Déjà, en 2009, la moitié des enquêtes françaises ont alimenté Eurostat. « Cette pression de la demande dans un contexte marqué de plus par des difficultés budgétaires, accroît le risque de dégradation des délais de production et de diffusion. Ceci irait à contresens d’un objectif de consolidation de l’image de la statistique publique », avertit l’Autorité.

Au-delà, l’Autorité fait plusieurs préconisations :

  • Développer les statistiques relatives aux activités financières.
  • Approfondir la connaissance des trajectoires.
  • Elargir le calendrier des publications à paraître aux enquêtes sectorielles d’entreprise, aux données clés de la justice ou de l’éducation. L’Autorité y voit un gage important d’indépendance face à d’éventuelles pressions politiques.


Billet mis en ligne le 5 mai 2010.