Va-t-on bientôt revoir des statisticiens dans la rue ?

Cette corporation qu’on aurait pu penser plus familière des pratiques austères des mathématiques que des mobilisations collectives s’était déjà vivement manifestée dès l’automne 2008 à l’occasion du plan de délocalisation partielle des services de la statistique publique (qui regroupe rappelons-le l’Insee et les services statistiques des différents ministères). Le Comité de défense de la statistique publique, qui regroupe des agents de la statistique publique, syndiqués et non-syndiqués, et souhaite préserver ce service public, était né à ce moment là en se dotant d’un site

Cette mobilisation avait permis de limiter l’ampleur des délocalisations d’emplois considérées comme « à risque » par les auteurs d’un rapport officiel et peu justifiées pour des organismes dont, déjà, les deux-tiers des emplois sont situés en régions. Et aussi de développer un débat public sur la qualité et l’indépendance de la statistique, voir, par exemple le débat lors des premières rencontres annuelles de l’IDIES ou encore un débat organisé par le comité de défense de la statistique publique . Les inquiétudes des praticiens concernant les dérives constatées en matière de production et d’usage des statistiques dans des domaines sensibles comme l’emploi, les revenus, l’immigration ou la pauvreté se sont exprimées dans un ouvrage collectif « Le grand trucage », publié en 2009.

Réductions d'effectifs

L’Insee, comme les autres administrations publiques, a aussi été victime des réductions d’effectifs : 14% en moins au cours des quatre dernières années selon l’intersyndicale et 9% supplémentaires sont prévus à l’horizon 2015. Ce sont maintenant les crédits de fonctionnement qui devraient être amputés (les syndicats avancent le chiffre de 25%) en 2010.

La (mauvaise) nouvelle a été annoncée par le directeur de l’Insee, Jean-Philippe Cotis, aux salariés par un courrier daté de février dernier que publie Médiapart (dont les articles ne sont accessibles que sur abonnement).

Quel impact sur la qualité de l'information statistique ?

Jean-Philippe Cotis, estime que si, comme c’est prévu, les crédits baissaient d'environ 20%, « le bon accomplissement de nos missions s'en trouverait compromis ». Il avance cependant des pistes pour réaliser les économies nécessaires : diminution des productions « papier », des plans de formation pour les personnels ou des subventions aux « sociétés savantes ». En tout état de cause, si ces réductions de crédit devaient intervenir, l’Insee devrait revoir à la baisse certaines de ses missions.

Le comité de défense de la statistique publique, dans un dossier, s’alarme des conséquences de ces coupes budgétaires en matière de qualité de l’information statistique. Il réitère les inquiétudes liées à la délocalisation : risques de désorganisation, perte de savoir faire, coût exorbitant. Il rappelle les attaques répétées du président de la République ou de Christine Lagarde contre l’institut, les rétentions de résultats pratiquées par certains ministères (comme celui de l’éducation nationale). Finalement, ne s’agit-il pas pour le gouvernement de « casser le thermomètre pour cacher la fièvre ? »

Avec d’autres, l’Idies l’a toujours dit : préserver (et améliorer, l’insuffisance des données concernant les retraites en témoigne) la qualité de la statistique publique, c’est contribuer à celle du débat démocratique. L’amputation des crédits de l’Insee ne va décidément pas dans le bon sens !

Billet publié le 6 avril 2010