Nous annoncions hier l’intégration des sciences économiques et sociales dans le « tronc commun » de la classe de seconde. Dans la même journée, le ministre Darcos, probablement sous la pression de l’Elysée, suspendait la réforme du lycée menée tambour battant depuis la dernière rentrée scolaire. Si l’on doit probablement voir dans cette décision un effet « Malek Oussekine » (1), la question demeure : la réforme est-elle reportée ou enterrée ?

Reportée, beaucoup s’en féliciteront – et en particulier les chefs d’établissement - car le rythme imposé était intenable. Annonce des grandes orientations de la réforme le 21 octobre 2008, rédaction à la hâte de nouveaux programmes pour la classe de seconde, annonce des derniers arbitrages prévue le 16 décembre, consultation express des enseignants sur les nouveaux programmes en janvier 2009… pour une entrée en vigueur de la nouvelle classe de seconde en septembre. Et aussi parce qu’il semblait peu cohérent de transformer la seconde (structure et contenus) sans vision de ce que devait être le « cycle terminal », à savoir la première, la terminale … et le baccalauréat.

Enterrée, ce n’est pas souhaitable. De façon générale parce que le lycée français, s’il marche mieux que ce que le ministre prétendait, est très perfectible, ne serait-ce qu’en matière de démocratisation. Plus particulièrement, en ce qui concerne les sciences économiques et sociales, il ne faudrait pas que passe à la trappe l’avancée qu’a constitué leur reconnaissance comme discipline faisant partie de la « culture commune » en classe de seconde.

Reste à souhaiter que le report annoncé – nouvelle seconde à la rentrée 2010, première en 2011 et terminale l’année suivante – permettra une réflexion approfondie et dépassionnée sur ce que la société française souhaite que ses enfants apprennent au lycée et sur les conditions de ces apprentissages. Pour l’instant, les suppressions de postes d’enseignants (13 500 en 2009) sont maintenues. Ce qui n’est pas forcément de bon augure.


(1) Du nom de l’étudiant tué par les forces de l’ordre en 1986, lors des manifestations contre la loi Devaquet visant à réformer l’enseignement supérieur. Depuis, les pouvoirs publics sont très prudents dès que les jeunes, étudiants et encore plus lycéens, sont engagés dans un mouvement de contestation et de manifestation de rue.

Mis en ligne le 16 décembre 2008