La lecture des présentations des projets de programmes aujourd’hui disponibles est instructive. Il ne s’agit certes que de déclarations de principes, mais il en ressort des pistes pour un enseignement évitant l’académisme et le dogmatisme, un enseignement susceptible de mobiliser l’intérêt des élèves pour les conduire vers une bonne formation intellectuelle. Il s’y dessine en effet un programme qui …

Un programme qui ferait de la formation du citoyen et en particulier du développement de son esprit critique, un objectif essentiel.

Comme le programme de Français et littérature, dont « les finalités sont (...) le développement de l’autonomie et de l’esprit critique, notamment en matière de recherche d’information et de documentation». Ou bien le programme de Mathématiques de la voie générale, qui se fixe comme objectif « de donner à chaque élève la culture mathématique indispensable pour sa vie de citoyen ». Citons encore les Sciences de la vie et de la terre en voie scientifique, dont l’enseignement entend « participer à la formation de l’esprit critique et à l'éducation citoyenne par la prise de conscience du rôle des sciences dans la compréhension du monde et le développement de qualités intellectuelles générales par la pratique de raisonnements scientifiques». En Histoire-géographie, il est aussi question d’ « exercice du raisonnement et de l’esprit critique, répondant ainsi aux finalités culturelles, civique et intellectuelles » de cette discipline.

Un programme qui envisagerait une entrée par objet d’étude avec des questions socialement vives.

Le programme de Physique-chimie est instructif à cet égard, quand il affirme : « Le citoyen doit pouvoir se forger son opinion sur des questions essentielles, comme celles touchant au destin de l’humanité, au partage du savoir et de la prospérité, au devenir de la planète. Cela n’est possible que s’il a pu bénéficier d’une formation de base suffisante pour avoir une analyse critique des problèmes posés et des solutions proposées. La science s’avère un instrument privilégié de cette formation parce qu’elle est école de structuration de l’esprit, susceptible d’aider durablement les élèves à observer, réfléchir, raisonner ». Celui de Sciences pour les séries ES et L, préconise une démarche où « l’élève est ainsi confronté à des données scientifiques ou des faits d’actualité suscitant le questionnement et lui permettant de construire des éléments de réponses ».

Un programme qui, loin d’une définition dogmatique des sciences n’envisagerait qu’une introduction progressive de la démarche et des concepts scientifiques.

C’est, par exemple, ce que préconise la présentation du programme de Mathématiques : « Les concepts et méthodes relevant de la logique mathématique ne font pas l’objet de cours spécifiques mais prennent naturellement leur place dans tous les champs du programme. Il importe toutefois de prévoir des moments d’institutionnalisation de certains concepts ou types de raisonnement, après que ceux-ci ont été rencontrés plusieurs fois en situation. De même, le vocabulaire et les notations mathématiques ne sont pas fixés d’emblée, mais sont introduits au cours du traitement d’une question en fonction de leur utilité ». Le programme de Sciences pour les séries ES et L estime que « Former l’élève à la démarche scientifique, c’est lui permettre d’acquérir des compétences qui le rendent capable de mettre en oeuvre un raisonnement (…) Il lui faut rechercher, extraire et organiser l’information utile et également raisonner, argumenter, démontrer et travailler en équipe.

Il s’agit pour lui de tirer des conclusions fondées sur des faits en ayant soin de sélectionner des données, d’en évaluer la pertinence scientifique (…) et d’appréhender le caractère éventuellement incomplet des informations recueillies… »

Un programme qui permettrait, voire inciterait, à de féconds croisements disciplinaires.

Ainsi, en Histoire-géographie, le professeur « a (la) possibilité de construire son propre itinéraire, non seulement au sein de chacun des programmes d’histoire et de géographie, mais encore en les articulant, autant qu’il le jugera nécessaire, autour de points de convergence». Le programme de Sciences pour les séries ES et L, avance aussi que « l’enseignement de sciences est construit non pas comme une simple juxtaposition de deux disciplines mais comme une étude de thèmes par l’approche croisée de la chimie, de la physique, des sciences de la Terre et des sciences de la vie afin d’offrir un enseignement global ». Et plus loin « Le croisement des regards disciplinaires vise à éduquer à une approche systémique et à développer des aptitudes adaptées au traitement de la complexité : prendre conscience de la multiplicité des approches, s’interroger de façon à multiplier les éclairages, rechercher des explications dans différents domaines avant d’en confronter les implications ».

Un programme qui se préoccuperait de l’apprentissage des compétences par les élèves.

Le programme d’Histoire géographie est précédé d’une longue liste de « Capacités et méthodes », qui tout autant que les thèmes du programme, fait partie des objectifs d’apprentissage, comme Mettre en relation des faits ou des événements de natures, de périodes, de localisations spatiales différentes, ou bien Critiquer des documents de types différents, ou encore'' Développer un discours oral ou écrit argumenté et le confronter avec d’autres points de vue. Citons encore les Mathématiques, dont « le programme vise le développement des compétences suivantes : mettre en oeuvre une recherche de façon autonome ; mener des raisonnements ; avoir une attitude critique vis-à-vis des résultats obtenus ; communiquer à l’écrit et à l’oral », ou Français et littérature dont le préambule dresse une liste de compétences dont il est précisé que chacune « associe des connaissances et des capacités ».

On ne connait pas encore les projets de programme pour le cycle terminal en sciences économiques et sociales, mais on a bien envie de dire aux concepteurs : chiche ! Et si vous élaboriez des programmes qui s’inspirent de ce qu’il y a de plus stimulant dans les préambules d’autres disciplines, des programmes attractifs et formateurs pour les élèves ?

Gérard Grosse

Billet publié le 8 mai 2010