Un programme entériné …

Alors qu’il avait massivement refusé le programme de seconde, pourtant moins contesté que celui de première, ce dernier a été approuvé à une courte majorité (22 voix contre 20 et 12 abstentions) par le Conseil supérieur de l’éducation, dont on peut voir la composition ici. C’est notamment grâce aux voix de l’UNSA et de la PEEP (une des deux grandes fédérations de parents d’élèves) et à l’abstention de la FCPE (l’autre grande fédération de parents d’élèves) que ce programme a donc été adopté, ce qui peut donc être compris aussi, voire surtout, comme un vote pour ou contre la réforme du lycée de Luc Chatel.
Certes, ce vote n’est que consultatif, et le rejet du programme de seconde n’avait pas empêché le ministre de le publier au Bulletin officiel. Mais ce vote du 1er juillet est un appui non négligeable pour les partisans du programme du groupe d’experts.
D’autant que ce programme amendé, dont les modifications étaient plus cosmétiques que réelles, a reçu l’appui, dans un communiqué, de l’Association française de sciences économiques. Assez vivement critique à l’encontre de la première version du programme , l’AFSE estime que les modifications apportées par le groupe d’experts au projet de programme sont suffisantes pour emporter son adhésion et en particulier que les liens entre théories économiques et réalité économique et sociale sont plus explicites.

…mais toujours aussi massivement rejeté par les enseignants

Est-ce à dire que la chose est entendue et que ce programme s’appliquera donc sans problème à la rentrée 2011 ? C’est peu probable.
, l’opposition de l’APSES est toujours aussi résolue et, dans un communiqué de presse du 4 juillet , tout en prenant acte du vote du CSE, l’association estime que le vote est trop serré pour que le Ministère puisse se prévaloir d’un consensus. Pour elle, les principales critiques, émises tant par les professeurs de SES que par les associations du supérieur n’ont pas été entendues et s’appliquent au programme amendé comme elles s’appliquaient au précédent. Elle met en garde contre les conséquences de « l'écart qui existera entre ce qui est prescrit par ce programme et les pratiques réelles des enseignants qui n'en partagent ni les principes structurants ni la pédagogie implicite ».
L’APSES s’appuie sur une pétition demandant le report de l’application de ce programme et la convocation d’un nouveau groupe d’experts, pétition qui a recueilli en quelques jours, en ce début de mois de juillet, l’adhésion de près de 1 700 professeurs de SES.

Elle peut s’appuyer aussi sur les organisations syndicales, très largement majoritaires dans la profession (SNES, SGEN, Sud-éducation, CGT et FO) qui ont voté « contre » le programme lors du CSE.

Bref, la situation semble bloquée et le ministère, s’il peut se prévaloir du vote du Conseil supérieur de l’éducation, peut-il raisonnablement envisager de faire passer en force ce programme contre l’avis de ceux qui seront chargés de le mettre en œuvre ?

D’autant que la rentrée risque d’être « chaude », dans l’éducation (grève annoncée par le SNES, principal syndicat enseignant du secondaire pour le 6 septembre) comme ailleurs (grève intersyndicale à propos des retraites le lendemain 7 septembre).

Billet publié le 5 juillet 2010