Les premiers effets de la réforme du lycée

Les professeurs de SES débutants, comme les autres débutants, vont faire les frais de la réforme de la formation, du quasi sacrifice de la formation devrait-on mieux dire, comme le décrit Philippe Watrelot , président du CRAP-Cahiers pédagogiques et formateur en IUFM.

Les professeurs de SES, comme les autres, sont confrontés à la mise en place chaotique de « l’aide personnalisée » en classe de seconde. Mais il y a des particularités pour les sciences économiques et sociales.

Les professeurs de SES vont affronter la nouvelle seconde où l’enseignement d’économie est obligatoire pour tous les élèves… mais d’une façon particulière. D’abord cet enseignement « d’exploration » sera soit Sciences économiques et sociales , soit Principes fondamentaux de l’économie et la gestion (en principe enseignés par les professeurs d’économie-gestion). Selon une enquête effectuée par le ministère en juillet dans l’ensemble des académies, il apparaît que 62% des élèves de seconde auraient opté pour les SES comme enseignement d’exploration, mais cette évaluation demande à être confirmée. C’est plus que ceux qui choisissaient SES avant –un peu moins de 50% des élèves de seconde générale et technologique – mais l’horaire est sévèrement amputé : 1h30 hebdomadaire contre 2h30. Et, le plus souvent, les « travaux dirigés » (séance en demi-groupe) disparaissent, au détriment de l’apprentissage des élèves.

« Le plus souvent » écrivons-nous, car, c’est un autre effet de la réforme, les conditions d’enseignement peuvent différer d’un lycée à l’autre, laissées au libre de choix des établissements. Si le lot commun c’est 1h30 classe entière (30 à 35 élèves, on signale même des classes à 37 ou 38 élèves !), parfois les effectifs des groupes sont limités à 24, parfois encore une demie-heure hebdomadaire (en pratique une heure par quinzaine) est dédoublée. Les raisons de ces différences dans les conditions d’enseignement pour les enseignants et d’apprentissage pour les élèves n’ont rien à voir avec quelque souci d’équité ou de discrimination positive, mais résultent plutôt des rapports de force locaux entre les disciplines et autres contingences.

Avec un horaire réduit, le nombre de classes de seconde que doivent prendre en charge les professeurs s’accroît en conséquence et il n’est pas rare qu’un professeur compte dans son « service » 6 à 8 classes de seconde, voire 12 classes quand il a la malchance d’être le dernier arrivé dans son établissement et d’avoir affaire à des collègues peu solidaires, ou/et d’être affecté dans 2 établissements où il « récupère » les classes de seconde non affectées. Là encore, conditions de travail des professeurs et d’apprentissage des élèves seront très inégales.

Si l’on ajoute que le nouveau programme de seconde, même remanié après consultation, est loin de satisfaire les professeurs de SES, on comprendra que l’association des professeurs de SES manifeste son mécontentement en appelant les professeurs de cette discipline à s’associer à la grève du lundi 6 septembre.

Vers une « désobéissance pédagogique » ?

Autre cause de morosité pour les professeurs de SES, le nouveau programme de première applicable à la rentrée prochaine. Le projet de programme présenté en mai par le groupe d’experts avait fait l’objet de critiques nombreuses, tant de la part des professeurs de SES que des associations de spécialistes du supérieur, économistes, sociologues et politistes. Après consultation ce projet avait été remanié, mais de façon principalement « cosmétique » .

L’aval du Conseil supérieur de l’éducation au début juillet et la publication de ce programme au J.O. le 28 août dernier ne désarment pas l’APSES qui, s’appuyant sur le succès de la pétition réclamant que le programme de première soit ré-écrit , envisage toujours d’appeler les professeurs de la discipline à la « désobéissance pédagogique » vis-à-vis du programme de première. Pour en discuter, l’association va organiser une Assemblée générale des professeurs de SES à Paris, le 16 octobre prochain.

Concernant ce programme de première, la situation est bloquée, entre une grande partie des professeurs de SES qui le refusent et le ministère qui considère l’affaire comme bouclée.
De plus, prochainement, le groupe d’experts doit reprendre ses travaux pour s’attaquer au programme de terminale. La mission semble bien périlleuse : comment bâtir un programme recevable par ceux qui seront chargés de l’enseigner quand, d’une part, ils rejettent déjà celui de première, dont le programme de terminale devrait être la continuation et que, d’autre part, le groupe ne comprend plus de membre de l’association représentative de la discipline depuis la démission de son ancien président, Sylvain David ?

Décidement, comme nous l’écrivions il y a deux mois, entre le ministère et les professeurs de SES, le conflit s’installe dans la durée.

Billet publié le 6 septembre 2010