En mars dernier, le secrétaire d'Etat à l'emploi lançait un plan 2 des services à la personne, jugeant ce secteur "extrêmement pourvoyeur d'emplois". Qu'en est-il en réalité ? Les chiffres sont-ils fiables ? L'Institut pour le développement de l'information économique et sociale (Idies) revient sur les difficultés d'appréhension de la mesure de l'emploi dans ce champ.

L'estimation de l'emploi dans le champ des services à la personne est semée d'obstacles, constate l'Institut pour le développement de l'information économique et sociale (Idies). Plusieurs points de vue se concurrencent quand il s'agit de compter le nombre d'emploi de services à la personne : celui de l'Agence nationale des services à la personne (ANSP) et celui de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

"Compter tout ce qui peut être compté"
En adoptant le point de vue "compter tout ce qui peut être compté", l'ANSP privilégie les données issues des sources administratives, car elles embrassent toutes les activités du périmètre. Par ailleurs, elles privilégient les données de l'Ircem publiées en fin d'année, comptabilisant ce faisant l'ensemble des emplois directs, eussent-ils été (très) occasionnels durant l'année. Elle ne tente pas non plus de tenir compte des doubles comptages dus à la multiactivité intersectorielle. Elle adopte un point de vue de "tout emploi", quelles qu'en soient la forme et la durée. Dans ces conditions, l'ANSP aboutit à des estimations d'emplois dont les niveaux changent selon que les assistantes maternelles sont, ou non, comprises dans les services à la personne. Grosso modo, les créations d'emplois sont de 80 000 en 2005, 104 000 en 2006 et 135 000 en 2007.

Sur la base retenue par l'OFCE, 4 000 emplois en équivalent temps plein (ETP) ont été créés en 2006 par rapport à 2005, et 6 000 emplois ETP sur les deux premières années de mise en place du plan Borloo, soit une "estimation très éloignée des campagnes publicitaires de l'ANSP sur les créations d'emplois du champ des services à la personne", relève l'Idies.

Un secteur aux emplois multiformes
Au-delà de la controverse autour des chiffres de création d'emplois, se lovent des conceptions différentes de l'emploi, explique l'Idies. Peut-on toujours vraiment parler d'emploi dans certaines situations ? "C'est cette question centrale qui doit être traitée pour l'analyse des marchés du travail et les propositions en termes de politiques économiques". Elle dépasse amplement la seule question sectorisée des services à la personne. L'un des indices, parmi d'autres, de cette diffusion est le nouveau statut de l'auto-entrepreneur, "transsectoriel", qui interroge, lui aussi, le statut de l'emploi.

Tous ces éléments mis bout à bout montrent à quel point l'identification de l'emploi et de son évolution constitue des questions délicates à traiter. Ils soulignent "la difficulté à appréhender avec des lunettes mal adaptées ce secteur aux emplois multiformes".

Ne serait-il pas recommandé dans ces conditions, se demande l'Idies, de raisonner en termes de "halo" d'emplois, comme on le fait pour le halo du chômage ?
Par Linda Daovannary

Mis en ligne le 23 septembre 2009.