Les projets de réforme du lycée font une nouvelle fois peser de fortes inquiétudes sur la place réservée aux Sciences Economiques et Sociales. En classe de seconde, les SES entreraient certes dans le tronc commun, mais pour 1h30 hebdomadaire seulement, horaire dérisoire pour fournir aux lycéens un enseignement minimal de sciences économiques et sociales, alors même qu’ils n’en bénéficient pas au collège.

Les S.E.S à la découpe

D’autant que le Ministère de l’Education pourrait fusionner, en classe de seconde, les enseignements de SES et d’économie-gestion-droit. Ce dernier a en effet disparu des projets de grille horaire pour la rentrée 2019 et n’apparaît pas dans les options de découverte de la voie technologique. Dans un tel scénario, les spécificités des deux enseignements seraient totalement effacées et la sociologie inévitablement marginalisée. Un scénario qui n’a rien d’irréaliste, puisqu’il avait failli se produire en 2012, sous l’égide de Jean-Michel Blanquer lui-même, alors directeur de l’enseignement scolaire.

Les raisons de s’inquiéter ne sont pas moins grandes en première et terminale, tant en terme d’horaires que de contenu. Les élèves bénéficieraient de moins d’heures de SES que dans l’actuelle filière ES (en moyenne 20% de moins). Quel étrange paradoxe, à une époque où les lycéens ont tellement besoin des outils d’analyse des sciences économiques et sociales pour comprendre et appréhender des phénomènes aussi divers que la mondialisation de l’économie, les évolutions du lien social, la montée de l’abstentionnisme, les marchés financiers, les politiques monétaires et budgétaires...

Sans compter que la pluridisciplinarité des SES serait mise à mal par l’exfiltration des sciences politiques dans une spécialité annexe aux contours flous entre Histoire-Géographie/Science Politique/Géopolitique. L’APSES dénonce cette découpe des SES, contraire à l’approche pluridisciplinaire qu’elle défend : associer les regards de l’économie, de la sociologie et des sciences politiques, pour appréhender des objets aussi variés que le chômage, les inégalités de genre ou la monnaie par exemple.

Douteux experts

Enfin, les enseignants de Sciences Economiques et Sociales viennent d’apprendre que Pierre-André Chiappori et Georges de Ménil, deux correspondants de l’Association des Sciences Morales et Politiques feraient partie du groupe d’experts chargé de rédiger les nouveaux programmes. Rappelons que cette institution, dont la section « économie » est composée exclusivement d’hommes, presque tous anciens ou actuels dirigeants patronaux, a publié deux rapports à charge contre les SES. En 2017, le rapport jugeait que l’enseignement des sciences économiques et sociales était « néfaste » et préconisait de le recentrer sur le fonctionnement de l’entreprise et du marché...En 2008, P-A. Chiappori réprouvait que les manuels de SES présentent les risques sur les marchés financiers, quelques semaines avant que n’éclate la crise des subprimes !

Le même expliquait lors d’une interview en 2017 qu’il fallait « enseigner l’économie comme on enseigne la physique » et précisait « Même si elle est utile, la macro-économie est encore trop présente aujourd’hui dans l’enseignement, alors que beaucoup de problèmes macro-économiques contemporains sont trop compliqués pour des lycéens. D’ailleurs, ils ne font pas l’objet d’un consensus ». Des personnalités si ouvertement hostiles aux SES, de surcroît très éloignées de l’enseignement secondaire et des préoccupations des lycéens, n’ont pu être nommées membres du groupe d’expert chargé de rédiger les programmes de SES que sur décision politique. Ce qui interroge grandement le respect de la neutralité qui doit pourtant présider à l’élaboration de tout programme scolaire.

Pour toutes ces raisons, l’APSES appelle à se mobiliser le mercredi 11 avril à 14h30 devant le Ministère de l’Education Nationale pour défendre les SES contre le risque de marginalisation et de dénaturation.

Les SES : indissociables et indispensables !

Tiphaine Colin est membre du Bureau National de l’Association des Professeurs de Sciences Economiques et Sociales (APSES)

Cette tribune a également sur le site d'Alternatives Economiques